Reprise – A Boat Lies Waiting (David Gilmour)

Ma nouvelle reprise est une chanson de David Gilmour, ancien guitariste (légendaire) de Pink Floyd. Elle s’adresse à Richard Wright, l’ancien pianiste du même groupe, décédé d’un cancer en 2008, et un de ses plus proches amis au fil des décennies.

C’est la première fois que je m’enregistre jouant du piano.

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Millésime Un Neuf Neuf Huit

Je ne vais pas tourner autout du pot : 1998 a été, à mon avis, la meilleure année de l’histoire du rap français. 20 ans plus tard, je ne suis malheureusement pas surpris qu’autant de paroles soient toujours d’actualité ou qu’autant de chansons sorties cette année n’aient jamais été égalées. Mais place à la célébration ! Retour sur un corpus absolument pas exhaustif de 10 oeuvres datées de 1998 qui me semblent essentielles, qu’elles soient illustres ou quasiment inconnues.

 


1. Suprême NTM sort son dernier album, éponyme.

Regarde-le
Quand il te parle, écoute-le
Le laisse pas chercher ailleurs l’amour qu’il devrait y avoir dans tes yeux
Laisse pas traîner ton fils

En 1998, cela fait 3 ans que le Suprême n’a pas sorti d’album, notamment à cause d’une procédure judiciaire fortement médiatisée liée aux paroles de l’album précédent, Paris Sous Les Bombes. Le groupe revient cependant avec un album éponyme jouissant d’une production sans précédent au sein du groupe et d’une forte richesse thématique qui en fait un portrait à multiples facettes : celui d’un groupe-symbole, celui de deux MC, celui d’un endroit et surtout celui d’une époque.

Les paradoxes sont nombreux et les changements de ton aussi. A l’instar de l’incontournable Ecole du Micro d’Argent qu’IAM a sorti en 1997 en prenant un peu d’avance sur l’année que je salue dans cet article, Suprême NTM oscille entre humour, colère, tristesse et sérénité. Dans des morceaux superbement réalisés mais pas trop (« Trop sophistiquer, c’est pécher »), KoolShen et Joeystarr évoquent désoeuvrement et sexe sur la banquette arrière, chantent les louanges de leur département et s’attristent de l’état de leurs quartiers, et jamais ne se découragent, ignorant sans doute qu’il s’agira de leur dernier opus ensemble.

Les différences de propos et d’humeurs entre les deux MC se font de plus en plus apparentes, mais pas encore tout à fait en rupture. Pourtant, c’est sur cet album que KoolShen signe son premier morceau solo, hommage à… sa nouvelle clique. Les duos de rap ont parfois ce sens involontaire de la puissante ironie : leurs plus grands albums sont souvent leurs derniers – demandez à Lunatic.


2. Rocé sort son premier single, « Pour l’Horizon »

La force contre la gangrène
Des gens, faut que j’engrène
Déjà vers le bon thème pour l’horizon

Le premier album de Rocé, Top Départ, tirera son titre des deux premiers mots de « Pour l’Horizon » – et contiendra une de mes plus grosses baffes de l’histoire du rap français, « On s’habitue » – mais il lui reste 4 ans de gestation avant de sortir. En attendant, Rocé pose déjà son message de ténacité et d’espoir indéfectible sur un sample d’Alan Parsons Project aérien, témoignant de l’envol du rappeur. La première d’une longue série de gemmes délivrées par Rocé puis oubliées des amateurs de rap français.


3. Le Combat d’Ideal J continue

Sachez que mes fautes sont graves et que mes défauts sont larges
J’arrive en éclaireur même si mon coeur est en naufrage
Je titube, la musique vacille, je navigue
Entre violence et souffrance, ma douleur m’intrigue

Le groupe qui a lancé les carrières de Kery James et DJ Mehdi avait sorti son premier album deux ans plus tôt. Les membres d’Ideal J étaient déjà « sur une mission », mais encore très jeunes. A peine adultes en 1998 et un peu plus entourés, ils réalisent cette fois un disque extrêmement puissant, reprenant à plusieurs reprises les messages du premier, mais en plus fort, en plus riche, en plus enflammé et, tout simplement, en plus. C’est apparent dès la première piste, qui porte le même titre et le même sample que la première piste de l’album précédent, mais avec des instruments en plus dans l’instru et un couplet en plus dans le texte.

Kery expose sa vision de la France qu’il empoigne sur la couverture du disque, sans détour et sans retenue (il va même jusqu’à se contredire sans vraiment s’en rendre compte), avec une rage flagrante. Cette rage, DJ Mehdi la magnifie avec des instrus qui vont droit à l’essentiel : un rythme simple, une basse dénudée, un sample issu de vieux disques obscurs qui partagent tous la particularité d’irradier la même chaleur que la voix du MC. Kery a beaucoup de choses à dire et DJ Mehdi laisse ses prods s’épandre pour atteindre leur plus grande splendeur, donc il y a plus de morceaux au delà de 5 minutes qu’en deçà de 4. Et c’est très bien comme ça.


4. Le Saïan Supa Crew voit le jour

Evite les faux, vis seulement pour ta gouverne
Prends les relous d’assaut et laisse de côté les balivernes

1998 est l’année où trois groupes de rap (OFX, Explicit Samouraï, Simple Spirit), regroupant 7 MCs issus de plusieurs villes de banlieue parisienne (Montfermeil, Noisy-le-Sec, Bondy, Bagneux, Montrouge, Sarcelles) se rassemblèrent sous une seule bannière, le Saïan Supa Crew et sortirent leur premier EP, Saïan Supa Land.

L’EP comprend une chanson pour chaque groupe, une chanson à 7, une intro à 7 et surtout une collaboration de tout le crew avec un quatrième groupe (COM’X), portant le compteur des MCs à 9 sur « La Solution ». Comme à l’habitude de ce que deviendra le Saïan, les chants et contrechants sont nombreux, les influences musicales sont variées, on ne comprend pas tout mais une énergie incroyable émane de tous les morceaux. Cet EP sera le seul réalisé de bout en bout à 7, puisque la figure de proue du groupe, KLR, est mort subitement dans un accident de la route avant que le groupe rencontre le succès qu’on lui connaît.


5. Demain n’était pas si loin que ça pour Shurik’N

La fierté du Hip Hop sera pas la honte du pays
Je le dis en vrai, mais je croise les doigts. Les mains aussi
Je prie pour la première fois
Que la catin d’aujourd’hui redevienne la princesse d’autrefois

Je suis fasciné par ces périodes que certains groupes et artistes vivent, dans leurs carrières, où ils semblent avoir trouvé et ouvert bien grand la vanne de leur inspiration, sortant classique sur classique sans relâche. En 1997, IAM a réalisé un des plus grands albums du rap français, se concluant sur ce que beaucoup considèrent comme LE classique du genre ; un de ses membres, Kheops, a réalisé un immense album de DJ, collaborant avec des tas de grands noms de l’époque dont les 3 MCs d’IAM. L’année suivante, l' »architecte sonore » d’IAM Imhotep sort lui aussi un album de DJ avec les trois MCs. Shurik’N trouve après tout ça le temps, l’énergie et surtout l’inspiration de sortir son premier album solo, un classique en son nom propre, Où je vis.

L’homme à la voix la plus ardente du rap français dépose des textes volubiles prolongeant ses dires de L’Ecole du Micro d’Argent, entre amour de la vie, renoncement, indignation et espérance, le tout sur des instrus intégralement produits par lui. Pour illustrer son flow, il se repose sur des samples de musiques de vieux films (SpartacusLégendes d’AutomneLa Guerre du Feu), allant jusqu’à emprunter de la musique de Bruno Coulais, avec lequel son collègue Akhenaton travaillera plus tard sur la musique de Comme Un Aimant.

Je ne connais pas d’autre exemple d’un rappeur aussi prolifique sur à peine deux ans avec une telle qualité à la clé.


6. Chiens de Pailles est révélé à la France entière sur la BO de Taxi

Restons à Marseille quelques minutes de plus pour parler d’un des duos les plus sous-estimés de la région phocéenne. Composé de Hal (musique) et Sako (paroles), le duo n’a pas encore sorti son premier album quand, avec l’aide d’Akhenaton, il pose sur la BO du film Taxi l’incisif « Maudits soient les yeux fermés ».


7. Hocus Pocus sort un album de folie dans un secret absolu, Seconde Formule

Car y a une différence entre avoir du style et s’en donner
Si j’en ai, tant mieux, si j’en ai pas, tant pis, je peux m’en passer

Après une streettape archi-confidentielle réalisée avec pratiquement rien, le duo de rappeurs-producteurs Hocus Pocus à l’époque constitué de 20syl et Cambia recrute un troisième membre, le DJ Greem, pour assurer pass-pass, scratches et embryons de breakbeat. Le groupe s’équipe également de meilleur équipement pour la prise de son et l’assemblage d’instrus et c’est dans cette configuration que 20syl démontre pour la première fois à quel point il est doué dans cet exercice.

Seconde Formule est un album d’une qualité de production absolument invraisamblable pour un projet aussi intime et, pour ainsi dire, amateur. 20syl articule ses prods sur des choix de samples très éclectiques : du jazz à cuivres qui grésillent bien avant Wax Tailor, à la soul de Diana Ross en faisant un crochet par le Dvořák déjà emprunté par Serge Gainsbourg.

Ajoutant à cela la verve naturelle de Cambia et l’inspiration que les deux MC puisent notamment dans le rap marseillais qui, comme je l’ai dit plus haut, était en ébullition à cette époque, ainsi que le talent aux platines d’un Greem qui fera partie avec 20syl de C2C plusieurs années plus tard, la seconde formule devient magique et résulte en un album dont la facilité d’écoute n’a d’égale que l’aisance de deux microscopiques MCs de l’ouest à égaler leurs idoles.


8. Doc Gynéco insulte nominativement sa maison de disques sur un album improbable

— Dis, Bruno, à ton avis, qu’est-ce qu’on vient foutre ici ?
— Engraisser des banquiers qui sur nos vies font des crédits
— Dis, Bruno, qu’est-ce qu’on peut foutre ici ?
— Balancer la vérité, risquer nos vies à la télé

C’était connu depuis l’album précédent et « Nirvana », Doc Gynéco a longtemps dansé avec ses pulsions autodestructrices. Avec Liaisons Dangereuses, il met les pieds dans le plat en confectionnant un album essentiellement composé de collaboration avec des artistes proches de sa musique (Ärsenik, Rockin’ Squat) et d’autres plus éloignés (Catherine Ringer, Renaud) et enfin carrément pas artiste (Bernard Tapie).

Mais le risque commercial ne suffit pas au Docteur qui a vraiment décidé de quitter Virgin en grande pompe : il va jusqu’à proférer des accusations à charge de marketing cynique (« Si tu savais ce qu’ils pensent des gens de couleur, ma soeur… ») à l’encontre des maisons de disques en général, avant de littéralement name-dropper la sienne (« Demande à Virgin si j’ai des copines dans la machine ») !


9. Le groupe d’Abd Al Malik sort son dernier album, La Fin Du Monde

On était là, on avait le sentiment de servir à rien
Pendant que chaque jour, nos proches disparaissaient un par un
D’abord anonyme
NAP est devenu un patronyme
On traînait dans la fange
Pauvres comme les gens du Gange

20 après la sortie de La Fin Du Monde, le public est encore en désaccord sur si Abd Al Malik fait du rap ou du slam, tandis que l’artiste lui-même dit toujours faire du rap, dans la continuité, par métamorphoses successives, de ce qu’il faisait au sein des NAP.

Ce qui est regrettable, c’est que trop peu de monde écoute ce que faisaient les NAP, justement. A l’époque, plusieurs des frères et cousins (au sens plus ou moins génétique, ce qui n’a que peu d’importance pour Malik) donnaient encore de la voix avant de prendre des rôles plus à l’abri des regards dans la production musicale d’Abd Al Malik.

Ce disque montre la persistence d’un message général qui reste le même parmi ces hommes depuis le début, tandis que son habillage musical n’a plus rien à voir. Il montre aussi la confiance croissante de Malik dans son écriture et sa diction, prenant fréquemment le pas sur les autres MCs, en précurseur logique de son premier album solo, Le Face à Face des Coeurs.


10. Fabe atteint le sommet de son art avec Détournement de Son

Assez plaisanté. Ces gens ont tous les ingrédients
Ils nous font foutre le camp
En rendant répugnants les cours aux étudiants
L’élite intellectuelle est formatée comme les gérants du McDo :
« Tu parles trop ? Tu parles plus. Ciao ! »

Fabe (possiblement pour moi le meilleur rappeur que la France ait jamais eu) a enregistré son troisième album à une période de carrefours multiples dans sa carrière :

  • Le Complôt des Bas-Fonds, son collectif précédent, est en voie de disparition.
  • La Scred Connexion, son collectif suivant, est en train de naître
  • Il sort cet album avec le label de Cut Killer et East, Double H
  • Il a commencé à collaborer avec la scène marseillaise avec ses apparitions sur L’Ecole du Micro d’Argent d’IAM et Sad Hill de Kheops
  • Il commence à collaborer avec DJ Mehdi d’Ideal J
  • Mais surtout, il commence à vraiment enrager au vu de l’état de la société française

Avec une voix plus grave et profonde que celle qu’il avait utilisée jusqu’ici, Fabe enchaîne avec une fougue qui témoigne de sa colère les constats accablants sur l’état de la France, de son paysage politique et de ses inégalités. Un morceau comme « Nuage Sans Fin » serait toujours exactement aussi pertinent, sinon plus, s’il sortait aujourd’hui, 20 ans plus tard.

L’écriture et la prosodie de Fabe sont soigneusement peaufinées, réalisant plus que jamais ce qu’annonçait sont album précédent : un mariage harmonieux du fond et de la forme. Avec un sens de la formule inégalé, Fabe enchaîne sans répit des punchlines qui satisfont les oreilles autant qu’elles font réfléchir le cerveau.

Il est également apparent que Cut Killer, pourtant aux manettes du label et DJ de sa profession, supervise la réalisation de l’album en lui donnant une grande cohérence, mais laisse à Fabe une liberté de choix assez insolite sur les sonorités des chansons, collaborant avec un panel étonnamment varié de DJ (notamment DJ Stofkry du Complôt des Bas-Fonds et Cutee B, DJ de la première heure de la Scred Connexion).

Côté voix, toutes les apparitions d’invités sont remarquables, avec les flows fracassants de Lorea et Sëar du Bario 5 Spry, l’intégralité de la Scred Connexion, le futur membre de l’Asocial Club AL et tant d’autres.

L’oeuvre de Fabe trouve sur ce disque une unification qui est, malheureusement pour sa paix intérieure, la rage qu’il contient tant bien que mal et qu’il laissera poindre une ultime fois en 2000 avant de quitter définitivement la scène rap.


Voilà. 10 oeuvres que je trouve incontournables pour l’histoire du rap français, toutes sorties en 1998. D’autres fans de rap diront que 1997 était meilleure, d’autres parleront de 1995 ou même encore plus tôt. Une chose est sûre : aucune des 20 années qui ont suivi 1998 ne l’a surpassée. Loin s’en faut.

Sunshine Blogger Award : Je réponds à Gaming Beauty

Dans son propre article prenant part à cet exercice de questions-réponses, Gaming Beauty m’a taggé sous la description énigmatique de « Toi à qui je n’ai pas pensé et qui aimerait aussi participer, tu es libre de répondre sur ton blog ou même en commentaire ou en vidéo ».

C’est donc sous la contrainte que je vais répondre à son questionnaire, en m’efforçant d’être éloquent…

1. Plutôt jeu multijoueurs ou solo ?

Plutôt solo. J’aime beaucoup de jeux sous format multijoueur mais disons que je n’ai pas un grand esprit de compétition et que, malheureusement, il y a beaucoup moins d’expériences mémorables en co-op qu’en solo. Egalement, quand je joue seul, je peux suivre mon propre rythme et mes propres envies sans me soucier de leur possible répétitivité (ou stupidité). Ca peut presque s’apparenter à de la méditation quand ça marche vraiment bien.

2. De quelle licence/héros/héroïne ne peux-tu absolument pas te passer ?

The Legend Of Zelda sans l’ombre d’une hésitation. Je pense vraiment que cette franchise prise dans son ensemble est la plus belle oeuvre artistique que le medium jeu vidéo nous a apportée. D’autres s’en approchent, bien sûr, mais le monde du jeu vidéo sans Zelda serait pour moi comme la musique sans Beethoven ou un plateau de fromage sans appenzeller surchoix.

3. Quelle est ta principale motivation de bloguer ?

Honnêtement, c’est basique : exprimer mon opinion par écrit, présentée à tous. Même si presque personne ne me lit, je suis content de savoir qu’il y a quelque part une trace de mes émerveillements et de mes coups de gueule à moi. Les choses que j’aime, je les aime passionnément, donc il m’arrive aussi souvent de plonger ma réflexion dans un niveau de détail peu commun, et donc de ne trouver personne d’autre ayant écrit sur des sujets aussi spécifiques. Donc je le fais, au cas où il y ait ailleurs quelqu’un avec qui cela pourrait résonner.

4. Y a-t-il une époque en particulier qui te passionne ?

Les années 1970, et plus spécifiquement, musicalement, au Royaume-Uni. La quantité de musique absolument stellaire qui nous en est parvenue est tout simplement incroyable. Je ne comprends pas comment une telle richesse musicale a pu être « la norme » à l’échelle d’une seule nation pendant grosso modo 10 ans. Ca me fascine.

5. As-tu d’autres passions ?

J’ai déjà touché le sujet : la musique, c’est vraiment le truc qui nourrit mon esprit au quotidien. Le nom de mon blog vient de là et, bien que j’aime énormément les jeux vidéo, le cinéma, l’histoire et des tas d’autres choses, la musique c’est vraiment mon trésor inépuisable.

6. Manga ou Comics ?

Franchement, je me suis lassé des deux. Il y a trop de codes qui sont bien trop persistants. Certaines oeuvres resteront à jamais dans mon coeur, (KenshinDragon Ball20th Century BoysGTOOne Piece, mais aussi X-MenFantastic FourBatman) mais je n’ai plus vraiment la force de découvrir des choses nouvelles dans ces deux domaines. C’est un peu pareil, mais moins prononcé, pour la BD franco-belge.

7. La licence qui te déçoit de plus en plus (tout format confondu) ?

Le moi de 12 serait révulsé de lire ça, mais mon esprit va immédiatement vers Star Wars. Ca a commencé tôt avec ma désillusion à la fin de l’Episode III qui a ruiné rétrospectivement mon impression des deux précédents : j’avais apprécié le I sans trop être sûr que le plaisir du premier visionnage serait durable, et le II m’avait laissé perplexe, espérant que le III relèverait le niveau… Il ne l’a pas du tout fait. Et en fait, ensuite, la pente n’a fait que descendre, avant le sursaut d’espoir que fut le VII, qui n’a rendue que plus dure la chute abyssale du VIII, sans aucun doute le pire film que j’ai vu en 2017, de très loin. J’irai voir le IX en souvenir du bon vieux temps, mais Solo et tout ce qui suivra ne m’intéressent tout simplement plus.

8. Quel est l’objet que tu es le plus fier de posséder ?

Un CD sur lequel sont gravées une poignée des reprises que j’ai enregistrées tout seul dans ma chambre avec mes instruments. Un jour je ferai un EP et ça sera ça !

9. Quelle est la destination de tes rêves ?

Une exoplanète habitable.

10. As-tu des blogueurs préférés ?

Pas vraiment (sauf tout le respect que je dois à mes pairs). Je ne suis pas un blogueur très actif, ni non plus un lecteur avide de blogs. Je n’ai pas vraiment de critères d’appréciation pour les blogs, donc j’aurais du mal à en trouver un préféré…

11. Ta musique de jeu vidéo préférée ?

Alors tout dépend de quoi on parle :

  • thème unique : le « DK Island Swing » de Donkey Kong Country, composé par David Wise. La version que je préfère est celle de Palm Tree Grove dans Donkey Kong Country Returns, arrangée par Kenji Yamamoto.
  • morceau unique : il est possible qu’un thème de la toute fin 2017 ait pris le trône de mon coeur. Celui de Mor Ardain la journée dans Xenoblade Chronicles 2
  • jeu entier : Xenoblade Chronicles 1 a la meilleure OST de l’histoire du jeu vidéo à mes yeux.
  • franchise entière : voir question 2.

Nous y voilà. Merci à Gaming Beauty d’avoir oublié de penser à moi, c’était sympa à écrire !

Star Wars Episode VIII – The Last Jedi

Quand j’étais gamin, on m’a prêté un coffret VHS avec les trois premiers films Star Wars (IV, V et VI), que j’ai dévorés à répétition avant de les rendre, bien usés, plusieurs mois plus tard. Star Wars est devenu, comme pour beaucoup d’entre nous, un élément majeur de ma culture cinéma que je chérissais de tout mon coeur. J’étais un « fan » de Star Wars.

Quand la trilogie de prequels est sortie, petit à petit, le « fan » que j’étais a mis un certain temps à se rendre compte (ou plutôt à accepter) que cette trilogie était assez mauvaise, et surtout qu’elle ne rendait pas justice au matériau de départ, par bien des aspects. Comme dit Vîrus, « on se l’avoue mais c’est dur à admettre ». J’ai fini par m’y faire, notamment en faisant le deuil du personnage que j’avais le plus aimé de la première trilogie, Anakin Skywalker, totalement saccagé par son propre créateur dans ces épisodes I, II et III.

Quand la trilogie de suites actuellement en cours a été annoncée, j’étais partagé entre la joie de pouvoir voir plus de Star Wars et la méfiance d’y trouver un produit qui trahisse à nouveau la trilogie originelle. Cependant, je suis de ceux qui ont vraiment apprécié Star Wars Episode VII – The Force Awakens. N’ayant aucun mal à admettre qu’il est dans son essence une redite du tout premier film, c’est, je l’avoue, une attente que j’en avais. J’ai aimé la création des personnages de Rey, Finn, Poe (vite fait parce qu’on ne le voit pas beaucoup) et même, sans équivoque, Kylo Ren, qui est à mon sens un Anakin jeune bien plus réussi que le « vrai » Anakin jeune que les fans devront garder en mémoire jusqu’à leur mort. Je suis ressorti de cet épisode VII avec pas mal d’espoir pour la suite, bien que, cette fois-ci, résolu à démolir l’épisode VIII s’il finissait par devenir une redite de l’épisode V…

Quand je vois ce qu’est devenu l’épisode VIII, j’aurais largement préféré une redite de l’épisode V. Voilà pourquoi, en deux parties.

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Ouais, c’est ça, baisse les yeux.

I – Un mauvais film

Je suis consciente qu’il n’y a pas de Star Wars sans invraisemblance, mais là c’était vraiment beaucoup trop.

Je m’appuie sur cette citation de la personne merveilleuse qui m’accompagnait au cinéma pour préciser, d’ores et déjà, que je sais que Star Wars repose toujours sur un peu de n’importe quoi. Je ne suis pas dupe, je ne le suis plus depuis longtemps. Je suis même plutôt indulgent avec cette franchise sur les aspects scientifiquement absurdes (bruit dans l’espace, blasters qui font « piou-piou », « aimant laser » ), mais il y a des cas où ça devient vraiment gros au point de bousiller la suspension d’incrédulité de tout spectateur qui se respecte (ma préférée jusqu’à maintenant : les « charges soniques » comme armes de combat dévastatrices… dans le vide). Ce film est bourré de ça. Partout. Tout le temps. Il demande tellement de patience, d’indulgence et de gymnastique mentale du spectateur qu’il m’a donné la même impression qu’une réunion avec un collègue que je déteste.

Vu en dehors de la franchise dans laquelle il s’inscrit, en tant que film seul, Star Wars Episode VIII – The Last Jedi est un mauvais film. Vraiment, assurément et même manifestement une mauvaise oeuvre de cinéma. Son scénario est lamentable, sa narration est catastrophique, sa bande-son est aussi oubliable que celle du 12ème film Marvel que vous avez vu, certains de ses décors sont vides, d’autres sont hideux et ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre sont tellement mal exploités qu’ils en deviennent tristes. Aucun personnage de ce film n’a le moindre intérêt : ils se rangent tous sur une échelle allant de « Je n’en ai rien à faire » à « j’ai des poussées d’urticaire à chaque fois que ce personnage apparaît à l’écran ». Par élégante continuité avec le scénario, la narration et les personnages, les dialogues sont aussi insipides qu’inutiles, quand ils ne servent pas à nous délivrer une exposition tellement lourde que je me demande pour quel genre d’arriérés ce film prend son public.

ATTENTION : A PARTIR D’ICI, FULL SPOILERS AHEAD! (ça serait vraiment dommage de vous priver de la découverte des 2, 3 trucs qui font progresser l’histoire tant il n’y a absolument rien d’autre qui soit digne d’intérêt dans ce film)

The Last Jedi traîte tellement tout mal qu’il serait beaucoup plus rapide de lister les choses sympa dedans. Mais ça serait pas une critique acerbe si je m’en tenais à ça. Alors on va commencer par les bons points (ça sera pas long) et ensuite on va dérouler… le reste.

Le secteur sur lequel le film brille le plus est sans conteste le travail visuel. Pas dans son intégralité – loin s’en faut – mais il y a un certain nombre de points d’intérêt à ne pas rater : pour une raison qui m’échappe, Johnson fait preuve d’une quasi-obsession pour la couleur rouge et sa mise en valeur. A l’exception de deux autres ambiances (l’île sur laquelle Rey retrouve Luke et l’infame planète de nantis et son casino fort en CGI qui auront vieilli dans 3 mois), le parti-pris artistique est de réduire le plus possible la palette de couleurs à trois teintes : noir, blanc et rouge vif. Je salue cet exercice de style qui engendre quelques scènes au visuel resplendissant, dont le sacrifice de la Vice Amirale Holdo et tout ce qui se passe dans la salle du trône de Snoke. En fait, si les White Stripes étaient encore en activité, Rian Johnson aurait pu faire le choix de carrière bien plus pertinent de devenir leur réalisateur de clips attitré.

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Voyez ces beaux costumes rouges qui contrastent avec le fond blanc des affiches promo ?

Un autre point d’intérêt est le jeu de deux acteurs à qui, apparemment, personne n’avait dit qu’ils jouaient dans un film d’une platitude caricaturale : Mark Hamill et surtout Adam Driver livrent les deux performances qui harnachent le spectateur dans leurs scènes de dialogue, malgré le marasme dont elles émergent – notamment celles où Kylo et Rey se retrouvent « connectés » à distance. Loin de moi l’idée de dénigrer les performances du reste de la distribution, par ailleurs très respectable : vu le talent dont fait preuve Rian Johnson sur son scénario, il n’est pas difficile d’imaginer l’incompétence avec laquelle il a dirigé ses acteurs et actrices.

Enfin (oui oui), parmi les douzaines de gags forcés, mal pensés et les erreurs de ton crasses dont le film fait preuve, on pourra tout de même épargner les créatures autochtones de l’île où réside Luke, sortes de « bonnes soeurs de l’espace » dont la destruction inopinée de la brouette par Rey reste un des meilleurs plans du film. C’est dire !

Après cette liste exhaustive des points forts du film, passons aux points faibles, que je listerai de manière bien moins méticuleuse parce que si je le faisais, j’aurais un manuscrit à déposer en maison d’édition.

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Peut-être que Rian Johnson aurait pu, par exemple, en mettre ne serait-ce qu’un dans le film

Surfant assez distinctement sur deux vagues absolument inconciliables, le script de Rian Johnson entrelace une histoire de fuite-poursuite sans rime ni raison avec une sorte de comédie « coming of age »  aux relents de films d’animation quelque part entre Shrek 2 et Les Minions, au moyen d’une trame narrative comparable à celle d’un épisode de Game Of Thrones : il veut présenter les péripéties trop disparates d’un nombre trop grand de personnages, ce qui donne au tout l’impression de passer 2h30 à raconter 30min d’histoire, le tout en passant son temps à casser le rythme des deux (voire trois) trajectoires entremêlées.

Puisqu’on parle de trajectoires entremêlées, je vais revenir sur ces scènes que j’ai saluées plus haut, où Rey et Kylo Ren dialoguent à travers le cosmos via l’Application ForceTime. Elles soulèvent un premier problème dans la longue liste que le scénario comporte : tout indique que ces conversations ont lieu en instantané. Le problème, lui, émerge du fait que Rey passe des jours à attendre sans rien faire que Luke veuille bien être son père adoptif, tandis que les batailles et poursuites auxquelles Kylo Ren prend part sont plutôt dans une dynamique de l’immédiat. Ca ferait que la fuite du vaisseau qui est, pour rappel, presque à court de carburant dure plusieurs jours, voire semaines. Mais dans l’autre sens, aussi, entre la conversation qu’ont Kylo et Rey avant la destruction du cockpit projetant Leia dans le vide sidéral et la suivante, il se passe assez peu de temps sur l’île où l’on suit Rey… De ce fait, Leia réaliserait sa résurrection christique pour s’empresser de ne servir à rien, en l’espace de 3h.

C’est le meilleur moment pour parler de la pire scène du film. Quand Kylo hésite à tirer sur le cockpit où se trouve sa mère, puis qu’un de ses alliés le fait à sa place, projetant la Générale dans le vide à travers un mur de feu, j’ai été pris aux tripes. Une mise à mort aussi abrupte d’un personnage aussi important, à l’opposé de la théâtralité que l’on connaît dans cette série, aurait été un magnifique contrepied, un acte de bravoure de Rian Johnson… Mais il a fallu qu’on assiste au moment le plus harrypotteresque de la saga quand Leia, son corps déjà congelé par le froid effroyable de l’espace, décide de se réveiller et de voler telle Superman vers l’intérieur du vaisseau (dépressurisant au passage la pièce dans laquelle elle rentre comme dans un moulin, ce qui aurait dû tuer encore une demi-douzaine de Résistants mais bon, on n’en est même plus à se soucier de ce genre de détail). Le résultat de cette scène ? Il est multiple, et tout est mauvais :

  • Il arrache tout son sens à la scène de « mort » précédemment décrite, puisqu’elle n’est plus une scène de mort. Tout le poids de ce qui aurait pu être un grand plan s’évapore et il ne nous reste qu’une scène posant une protagoniste immortelle dans une posture bien trop mauvaise pour que sa rémission soit convaincante. Je devrais peut-être ajouter Transformers ou The Fast And The Furious dans le cocktail d’inspirations du début de cet article.
  • Il crée une gigantesque incohérence vis-à-vis d’une autre scène ayant lieu au début du film : celle où Paige Tico se sacrifie pour larguer la charge de son bombardier (on y reviendra). Paige est allongée sur une grille située à une distance très réduite de l’ouverture de son vaiseau. A ce stade, le spectateur doit faire l’effort de croire que dans cette version de l’espace, on peut toujours respirer et on ne se transforme pas en glaçon humain. Puis la scène de Leia nous rappelle gentiment que non : la température qui règne est bien le zéro absolu. Le film se contredit.
  • Il va donner du fil à retordre au scénariste de la suite pour faire disparaître Leia de l’écran, alors que Carrie Fisher nous a tristement quittés. Au vu du temps qui a passé depuis son décès et surtout de la totale inutilité du personnage de Leia dans la suite du film, il aurait été salvateur, pour ce film et pour le suivant, de laisser Leia mourir d’une aussi belle mort. Mais pour ce faire, il eût fallu qu’un bon scénariste travaille sur le projet.
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Supercalifragilisticexpialidocious

Une chose que le film gère aussi mal que le temps, c’est bien l’espace (rappelez-moi le titre de la saga?). D’abord, comme je l’ai esquissé plus haut, en ce qui concerne le vide. Que les vaisseaux fassent du bruit dans le vide pour que les scènes semblent plus « actives », je peux le comprendre (même si, avec un compositeur un peu plus inspiré, on pourrait s’en sortir avec l’aide de la musique, mais c’est un autre débat). Mais la raison principale pour laquelle tout le monde aime les scènes de bataille spatiale, c’est très simple : c’est parce que l’espace est un environnement hostile. Quand un vaisseau spatial est détruit, il n’y a pas d’éjection d’urgence ni de parachute de sécurité, il n’y a pas de bouée ni de gilet de sauvetage. La raison secondaire pour laquelle ces batailles sont populaires, c’est que dans l’espace, il n’y a ni air ni gravité : les vaisseaux peuvent aller très vite, et la menace peut venir d’absolument toutes les directions. Pour que ces points importants fonctionnent, il faut respecter les limites qui vont de paire ! Par exemple, un bombardier, dans l’espace, ça n’a absolument AUCUN SENS. Paige qui se heurte et tombe de plusieurs mètres sur la grille de l’embouchure de sa baie de largage, ça n’a AUCUN SENS. Paige, toujours, qui donne des coups pour faire tomber la télécommande de déclenchement près d’elle, puis qui la rattrape in extremis avant qu’elle ne tombe dans le vide, ça n’a, je vous le donne en mille, AUCUN SENS. Et ne me parlez pas de la trajectoire des lasers qui se courbe comme s’il s’agissait de boulets de canons… Rian, si tu voulais faire une bataille navale, fallait écrire la suite de Waterworld, personne ne t’aurait reproché un scénario pourri !

Autre aspect spatial complètement trucidé par le film : les distances et par extension, les vitesses et accélérations. L’exemple le plus critique est celui qui va conditionner toute une trame narrative (celle de la Résistance). Alors que la bataille entre les troupes du Premier Ordre et celles de la Résistance fait rage, cette dernière se rend compte que le vaisseau de Snoke est capable de les tracer, malgré un saut dans l’hyperespace. Etant presque à court de carburant, il est décidé de partir en fuite sans effectuer de saut en se maintenant hors de portée dudit vaisseau ennemi principal parce que, et je cite, « si on reste hors de portée du vaisseau mère, les TIE fighters se retireront »…

Pourquoi ? Quel est l’intérêt d’avoir des chasseurs individuels s’ils n’ont pas la possibilité de partir plus loin que la portée des canons principaux ? Est-ce que Rian Johnson a déjà entendu parler de guerre dans sa vie ? Est-ce qu’on rappelle au bercail des avions de chasse quand ils sont hors de portée du porte-avion ? Sérieusement ?

La suite du film nous montre que le vaisseau-amiral de la Résistance reste pile à la limite de portée du vaisseau de Snoke jusqu’à la dernière goutte de son carburant. Premièrement, je rappelle que, dans l’espace, il n’y a pas de frottements parce qu’il n’y a pas d’air. De ce fait, quand un vaisseau accélère (en utilisant son carburant), il gagne une vitesse qu’il ne perd jamais (« Jusqu’à ce qu’il atteigne une vitesse de l’ordre de celle de la lumière, coco », dirait Albert Einstein, mais il est assez clair qu’on en est loin). Si on y réfléchit ne serait-ce qu’une seconde, il est immédiat de comprendre que la situation des deux vaisseaux restant à distance fixe l’une de l’autre (si j’en crois le reste du film, pendant des semaines, ou alors trois heures) est impossible : il faudrait que les deux vaisseaux, « pleins gaz », aient EXACTEMENT la même courbe d’accélération. Pas seulement de vitesse, mais bien d’accélération. Quelles sont les chances ?

Mais par ailleurs, le vaisseau de Snoke n’est pas seul. Il y a toute une flotte de destroyers à ses côtés : il suffit de tous les envoyer vers l’avant dans un bref saut hyperespace pour tenir le vaisseau de la Résistance en tenailles : fin du film.

Mais des problèmes de distance, il y en a plein d’autres, d’importance plus ou moins grande :

  • à la fin du film, quand Rose manque de se tuer en essayant d’empêcher Finn de se tuer (…), cela fait plusieurs minutes que les deux s’éloignent de la base à bord de leurs vaisseaux de combat au sol, donc aisément plusieurs kilomètres. Mais ensuite, le film veut nous faire croire que Finn a ramené Rose, inerte, en la trainant sur un traineau de fortune, en quelques secondes.
  • il est évident que l’île où se trouve Luke est très reculée dans la galaxie, pourtant Rey met autant de temps à en revenir que Finn et Rose ont mis à parcourir la distance séparant le vaisseau de Snoke de la planète de sel (alors visible depuis le vaisseau).
  • je vais devoir revenir sur le temps : quand Rose et Finn font leur petite escapade sur la planète opulente, ils sont clairement à plusieurs dizaines de parsecs du vaisseau de Snoke, puisqu’à leur retour, quand ils approchent, ils disent qu’il n’en reste « plus que 4 » à parcourir. Sur la planète, ils se font capturer, puis emprisonner, puis s’évadent, puis retrouvent le personnage de Benicio Del Toro, puis reviennent, en à peine quelques heures du côté de Poe…

D’ailleurs, cette escapade… Il y a des problèmes énormes avec la section du film qui concerne la Résistance, Poe, la Vice-Amirale Holdo, Rose et la Capitaine Phasma. D’emblée, je viens d’expliquer que la notion de cette « fuite tendue » ne tient pas debout une seconde, mais c’est loin d’être tout. Une fois le film terminé et tous ses tenants et aboutissants dévoilés, la totalité des événements n’impliquant pas Rey est inutile. Il ne s’y passe rien. Finn se réveille, rencontre une Rose qui ne sert qu’à le promener à plusieurs endroits de la galaxie sans aucun but (puisque leur plan n’arrive même pas à aboutissement), tout ça pour arriver à beaucoup de destruction, la mort d’une Phasma qui (décidément, pauvre Gwendolyn Christie) ne sert absolument à rien, une survie in extremis de la destruction d’un vaisseau qui décide par grande politesse de bien leur laisser le temps de s’échapper, alors qu’il a quand même pris un saut hyperespace raté du vaisseau-amiral de la Résistance dans la tronche et enfin une tentative de sacrifice contrecarrée par une autre tentative de sacrifice servant à montrer au premier candidat au sacrifice, au prix du sacrifice du deuxième candidat, qu’il ne faut pas se sacrifier.

Finn et Rose partent sur une planète lointaine à la recherche d’un craqueur de code (« le seul de l’univers capable de craquer ce code » selon Maz) qu’ils ne ramènent pas, mais rencontrent un autre gars qui, par chance, est finalement lui aussi capable de le faire. Entre deux commentaires plus génériques l’un que l’autre sur le capitalisme outrancier et l’exploitation des enfants et des bêtes, Rose dit, quand ils tombent sur la course de ces sortes d’alpagas de l’espace, que c’est la première fois qu’elle en voit un en vrai ; pour ensuite en chevaucher – ou devrais-je dire « alpaguer » ? – pour en alpaguer un au galop, sauter des obstacles, se faufiler dans des ruelles basses de plafond, traverser des fenêtres, détruire un casino, tout ça 10 minutes plus tard. Mais ce n’est pas la seule fois où elle se révélera des talents inattendus : je rappelle qu’elle travaille à la maintenance dans la Résistance (raison pour laquelle « elle n’a pas souvent la chance de parler à un héros »), mais apparemment, pour les besoins du film, elle devient pilote sur la planète au sol salé ! Est-ce qu’elle est, elle aussi, une Jedi potentielle cachée ? A ce stade-là d’incohérences scénaristiques, je ne serais même pas surpris qu’on apprenne dans l’Episode IX qu’elle est la fille de Snoke. Au moins, si c’est le cas, elle pourra nous raconter d’où il sort…

Pour encapsuler cette escapade d’une chronophagie qui frise l’impardonnable au sein d’une trilogie, nous avons la rivalité parachutée entre Poe Dameron et la Vice-Amirale Holdo. Dès les premiers instants, ça ne sent pas bon : le scénario essaie de nous faire avaler qu’un gradé comme Poe n’avait jamais associé le nom de la n°2 d’une organisation comptant environ 250 combattants qui vivent toujours ensemble, avec le visage de cette humaine aux cheveux violets, tout ça dans le but de nous larguer une des dizaines de scènes comiques mal senties du film. La raison, donc, de l’escapade de Rose et Finn est cette gueguerre entre Poe et Holdo qui fait que Holdo ne veut pas expliquer son plan à Poe, because fuck you, that’s why. Cette rétention d’information complètement inexpliquée dans cette situation de crise coûtera, je le précise, la vie à plusieurs dizaines de personnes.

[Petite pause pour donner un petit conseil de simple spectateur à tout scénariste qui ne saurait comment donner une raison à Holdo de cacher ce plan à Poe : au lieu d’inventer un traqueur-qui-marche-malgré-les-sauts-hyperespace comme première hypothèse, il suffit de dire que Holdo soupçonne un membre de la Résistance d’être une taupe. Pas besoin d’être la prochaine Agatha Christie pour y penser.]

Autre aspect bancal d’un film tellement boiteux qu’il faudrait scier ses pieds, l’humour. Tout du moins, ce qu’il me semble que Rian Johnson appelle de l’humour. The Last Jedi comporte un tel assortiment de blagues, gags et sketches, ratés pour une si grande variété de raisons qu’il servirait presque de collection de tout ce qu’il ne faut pas faire pour apporter du « comic relief » dans un film d’action ou de drame. Tous les clichés du mauvais humour présents en 2017 se produisent dans ce film :

  • les Porgs, copie carbone des Minions avec une touche de Chat Potté, font la gloire des images de synthèse, cet aspect du cinéma si pratique pour faire mal vieillir un film. Ils servent de petites créatures d’une mignonitude pratiquement coercitive à l’égard du spectateur, qui se fera arracher des sourires plus nerveux que joyeux en les voyant se faire balader par la gravité dans le cockpit du Faucon Millenium ou en faisant les gros yeux à Chewbacca en champ-contrechamp 4 fois d’affilée pour être bien sûr que le public de débiles profonds que le film nous croît être ait bien compris qu’il faut rire. Le gag du Porg rôti aurait pu être bon si Johnson avait joué à fond la carte de l’univers cruel que Star Wars connaît bien : un vrai Chewbacca aurait capturé le Porg faisant les gros yeux pour le manger lui aussi. Mais Rian Johnson n’a manifestement jamais vu un Star Wars.
  • le coup de la musique épique qui s’arrête subitement pour changer une scène dramatique en farce – précisément quand Luke jette le sabre de son père par-dessus son épaule – aka le nouveau « badum tss » du cinéma de superhéros, que vous avez déjà vu 50 fois dans un film Marvel.
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A la différence de Rian Johnson, Joss Whedon sait écrire un film dont le rythme permet ce genre de gag, en ne le mettant pas au bout de 10 minutes de film, par exemple.

  • autre cliché sorti tout droit des cartoons Warner Bros et ayant traversé les décennies jusqu’à nous en passant par de véritables comédies comme Retour Vers Le Futur et Brooklyn Nine Nine : le personnage que personne n’aime et qui sert de dindon à toutes les farces. Hux, le personnage de Domhnall Gleeson, a tiré à la courte paille et ne sert absolument à rien d’autre qu’à être un sujet de moquerie, pendant tout le film. Effectivement, cet homme est abject et c’est logique de s’en prendre à lui. Mais dans la mesure où cet épisode VIII nous laisse avec un méchant absolument pas convaincant ni construit, il aurait été bien plus judicieux de laisser son sérieux à Hux pour en faire un rival de Kylo Ren, face auquel il prend de l’ampleur. Pas le punching ball du dernier acte du film. Pour un scénariste qui n’a pas peur d’inventer des personnages parachutés pour faire avancer une intrigue sans intérêt et élucider des mystères bien au-dessus de leurs compétences (oui, je te regarde, Rose), il aurait été équilibré et appréciable d’inventer un souffre-douleur du côté du Premier Ordre. Mais pour cela, il faudrait se soucier de l’équilibre de son script.
  • En prolongement des Porgs, nous avons bien sûr BB-8 qui reprend le rôle tenu par R2D2 dans les films précédents, celui d’apporter des touches de légèreté en étant mis dans des situations cocaces. Le problème, c’est que dans ce film, le cocace tourne au ridicule quand BB-8 est aperçu aux commandes d’un vaisseau de guerre bipède alors qu’il a tout au plus deux bras télescopiques pour le contrôler. Le cocace, toujours, vire carrément au dérangeant quand l’explosion de la baie des chasseurs du vaisseau-amiral de la Résistance projette Poe dans un couloir, et BB-8 moins d’une seconde plus tard, pour « rire ». Sauf que l’explosion vient de tuer des dizaines de membres de la Résistance, donc le positionnement de ce gag est vraiment très maladroit.
  • Je ne sais même pas comment aborder la scène où Luke trait une espèce de morse de l’espace pour boire son lait tellement elle est gênante et inutile. L’image du lait qui coule dans sa barbe me poursuivra jusqu’à ce que je contracte la maladie d’Alzheimer.

Finalement, le seul brin d’humour qui semble coller au ton des films Star Wars réside dans les créatures autochtones de l’île de Luke, qui se plaignent des dégâts occasionnés par l’entraînement de Rey, si on peut parler d’entraînement.

II – Un horrible Star Wars

Je me dois de remercier Rian Johnson sur ce point : la manière qu’il a de massacrer l’héritage des films précédents à la machette me permet d’être beaucoup plus synthétique dans cette seconde partie.

Vu à travers le prisme de la saga Star WarsThe Last Jedi est une honte quasiment indicible. A l’insulte de l’intelligence d’un public passablement cinéphile, il ajoute une véritable trahison du matériau initial et un gigantesque doigt d’honneur à l’encontre du fan qui commet l’affront de ne pas être un fan aveugle.

Pour commencer, The Last Jedi procède presque méthodiquement à l’assassinat de tous les personnages pré-existants. Et je ne parle pas du fait de faire mourir Luke. A la rigueur, il s’en tire mieux que ceux qui doivent revenir dans le film suivant. On se souvient tous de comment Leia est passée de princesse/diplomate/rebelle dissimulée à demoiselle en détresse en soutif, de comment Padmé est passée de reine/diplomate/rebelle à… demoiselle en détresse qui pleure beaucoup ou surtout de comment Anakin est passé de gamin prometteur et futur méchant emblématique absolu à adolescent bourré d’hormones en crise contre son père adoptif. Rian Johnson réussit le pari (que personne ne lui avait demandé de faire) de surclasser George Lucas en appliquant un traitement similaire à tous les personnages que l’on connaissait.

  • Rey était cette jeune femme ultra-autonome à la tête très dure qui a traversé la galaxie pour retrouver Luke et avait bien l’intention de le ramener avec elle, de gré ou de force. Elle est désormais une gamine pleine d’insécurités qui cherche à tout prix la validation d’un papa imaginaire. Et je suis maintenant censé croire qu’avec son vécu, elle est gênée de voir un mâle torse nu. Et elle dort dehors alors qu’il y a 5 cahutes inhabitées et son vaisseau à proximité.
  • Finn était un Stormtrooper réformé qui finissait martyr de la Résistance. La phrase que je viens d’écrire est le truc le plus beau que l’épisode VII ait apporté à la franchise. Dans l’épisode VIII, il se réveille, dépourvu de toute séquelle handicapante et procède à devenir un héros de téléfilm de Noël, qui se fait balader par quelqu’un qu’il ne connaît pas dans un plan auquel il ne comprend rien où tout se résout par la chance et il découvre… que le capitalisme c’est cruel ??? C’est un Stormtrooper ! Un Stormtrooper !! Il a vu pire que de la bourgeoisie dans sa vie !!!
  • Chewbacca, à ce stade, est pratiquement un figurant. A part quelques gags qui ne correspondent pas à la nature d’un Wookie et quelques plans de pilotage, il est presque totalement extérieur.
  • C3P0, lui, est un véritable figurant. Sa scène la plus importante est celle où, en tant que droïde, il voit une projection de Luke.
  • R2D2, c’est guère mieux. On a essentiellement droit à un « dialogue » entre Luke et lui qui nous confirme que, dans l’épisode VII, il s’est réactivé exactement au bon moment par la pure opération du Saint Esprit, puisque Luke n’a jamais voulu qu’on le retrouve. Et puis un petit fan service à peine forcé où il repasse le message de détresse de Leia qui a tout commencé.
  • BB-8 remplit à peu près le même rôle que dans le film précédent, mais ses gags sont tellement mal pensés qu’il n’est plus attachant mais agaçant.
  • Kylo Ren, tout immature qu’il était, avait au moins le charisme accidentel d’une personne déterminée malgré son absence de repères, parce qu’il avait une puissance manifeste. Une sorte d’arme peu raffinée, aux mains d’un maître malfaisant dont les plans, bien que nébuleux, laissaient présager du pire. Ici, il est plutôt comme son grand père : un adolescent tumultueux en crise avec son père adoptif. Il n’a vraiment aucun objectif, ce qui donne un goût de faux à la scène où il propose à Rey de se joindre à lui. Se joindre à lui pour faire quoi, au juste ?
  • Snoke n’était pas un méchant révolutionnaire dans le film précédent. Il était juste mystérieux : on ne connaissait pas ses plans, ses ressources, ses méthodes, ses motivations, ses origines, sa puissance. Tout autant de questions que ce film… a balayées d’un revers de manche pour en faire une caricature de méchant de James Bond, qui rit beaucoup, se croit trop fort et perd pour une broutille.
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Je suis invincible car je lis les pensées d’un gars qui est précisément en train de tourner un sabre laser vers mon flanc !

  • Leia ne s’en sort pas mal dans ce film, jusqu’à la scène qui aurait dû être sa dernière. Jusqu’au moment où une explosion la propulse dans l’espace vers une mort certaine, elle est la Leia qu’elle aurait dû être. Une vraie guide, charismatique et inflexible, qui ne perd pas espoir et qui se sent connectée à son fils par la force. Emmenée par une mort soudaine et inattendue, parce que c’est toujours comme ça qu’on meurt à la guerre, elle serait morte avec ses soldats, parce qu’elle n’était pas le genre de Générale qui reste en retrait. Elle risquait sa vie comme les autres. Ensuite, elle est devenue Mary Poppins. La magie de Disney, il paraît.
  • Pour être honnête, Poe Dameron était pour moi un des points faibles de l’épisode précédent. Sa disparition puis sa réapparition inexpliquée ne passent toujours pas pour moi. J’adore Oscar Isaac, il a une bonne gueule, mais son personnage n’apporte pas grand chose, à part quelqu’un pour rentrer dans la case du gentil un peu trop sûr de lui.
  • Yoda est revenu sous forme de marionnette, c’est toujours ça. Quant à la pertinence de sa présence dans ce film…
  • Vous vous souvenez du Capitaine Phasma ?
  • Mais le plus grand brûlé du film, celui qui s’est fait bafouer, piétiner, massacrer le plus honteusement restera sans nul doute Luke Skywalker. La raison d’être de la première trilogie Star Wars, c’est de nous montrer comment un orphelin accède à la vraie nature du côté clair de la Force en comprenant qu’il ne faut jamais avoir peur du mal, que si l’on voit ne serait-ce qu’un minimum de bien dans le coeur d’un être malfaisant, il faut être prêt à tout sacrifier pour laisser une chance à ce bien de ressurgir. C’est ce que Luke a fait dans Return Of The Jedi. Son père n’est plus qu’une petite étincelle dans la noirceur de Darth Vader mais il est prêt à mourir plutôt que de la laisser s’éteindre. Il s’en remet au bien présent chez son père, même si ça doit lui coûter la vie. Voilà à quel point il n’a pas peur du côté obscur. Comment est-ce que Rian Johnson a pu s’imaginer qu’il était cohérent de faire que ce personnage, plusieurs années après ces événements, un chevalier Jedi sans opposant, littéralement invincible, pourrait prendre peur d’une noirceur émergente dans le coeur d’un de ses propres élèves ? Au point d’essayer de le tuer dans son sommeil ? Son NEVEU, par-dessus le marché ? Parce que « Snoke avait déjà trop d’emprise sur lui » ? Quelle pouvait bien être la puissance immense de Snoke pour qu’il redoute plus son emprise sur Ben Solo que celle qu’avait Palpatine sur Darth motherfucking Vader ? Fort dommage que Luke décide de maintenir son ninjutsu improbable tout juste assez longtemps pour en mourir à la fin : il aurait peut-être pu nous parler de Snoke, lui qui le connaissait si bien !

J’aurais aimé que ce gaspillage gigantesque de personnages se soit contenté des personnages pré-existants, mais bien sûr, cela n’a pas été le cas.

  • La Vice-Amirale Holdo m’a tristement rappelé le Comte Dooku de l’épisode II. Elle est un personnage parachuté dans l’histoire sans aucun signe avant coureur, avec deux ou trois répliques d’exposition mal intégrées servant à lui donner une backstory la rendant artificiellement importante, le temps d’apporter un semblant d’opposition à l’un des protagonistes pour renforcer son caractère, avant de mourir sans avoir eu le temps de prendre un peu de profondeur. Un outil de scénariste amateur, comme tant d’autres dans ce film.
  • Benicio « Deus Ex Machina » Del Toro obtiendrait presque la palme du personnage le plus lamentablement écrit s’il n’y avait pas Rose. Plus on y réfléchit, plus on se rend compte que les nouveaux personnages de ce film n’ont aucune autre utilité que celle de mettre les personnages pré-existants à l’endroit où l’on veut qu’ils soient à la fin du film, parce qu’on n’a pas trouvé le moyen d’inventer des événements pour faire ce travail. Celui de Del Toro est particulièrement marquant dans ce travers : il apparaît sans crier gare pour sortir d’une cellule sans difficulté, à tel point qu’on ne sait pas pourquoi il y était encore, apparaît à nouveau pour tirer Rose et Finn du pétrin sur le bord d’une falaise, puis réapparaît une troisième fois pour, cette fois-ci (plot twist!) les mettre dans le pétrin. Et puis voilà.
  • BB-9 est la publicité pour un produit dérivé la moins déguisée de ce film, et je tiens à rappeler qu’il y a déjà le Capitaine Phasma et les Porgs dedans.
  • Rose enfin, est liée à tellement de défauts du film abordés en amont qu’il ne reste plus rien à dire. L’actrice qui l’interprète, qui est une débutante, le fait avec beaucoup de compétence (non, je ne plaisante pas). Rose est exactement aussi insupportable que le scénario veut la rendre. Ah si ! J’ai trouvé un point de plus à critiquer : le soupçon de triangle amoureux auquel le film fait allusion vers la fin est aussi convaincant que celui de la fin de Hunger Games 1, c’est-à-dire pas du tout.

Une telle incompétence dans le traitement du roster de la franchise ne pouvait s’accompagner que par une gestion insultante de son héritage, et encore une fois, Johnson brille par son irrespect des oeuvres précédentes. Avant qu’on vienne me dire que c’est bien de chambouler un peu l’ordre établi : c’est bien de chambouler, c’est mal de dilapider. Dans Star Wars et la mythologie qui en a émergé au fil de 8 films, de dizaines de jeux vidéo et d’innombrables romans, il y a un certain nombre de fondements qui n’ont jamais été touchés, comme la nature de la Force et ce qu’elle permet de faire. Par exemple, il y a des Jedi qui parviennent à survivre quelques secondes dans le vide intersidéral en se protégeant au préalable par une sorte de « couche d’imperméabilité » créée au moyen de la Force. Il n’y a par contre aucune raison qu’un Jedi revienne d’entre les morts une fois sa peau congelée et ses poumons vidés. C’est la Force, ce n’est pas un Retourneur de Temps. (D’ailleurs, j’y pense, Rian Johnson ferait un super scénariste pour un prochain Fantastic Beasts. Une série qui se moque éperdument de la cohérence, c’est son rayon). Vu le niveau de maîtrise de la Force que l’épisode VII donne à Kylo et Rey, la scène « superstylée » où ils s’allient contre les gardes rouges de Snoke ne devrait pas durer plus de 30 secondes. Ils ont, à eux deux, assez de puissance pour les é-cra-ser. Par ailleurs, si l’hyperespace pouvait être une arme dans cette saga, il y a bien longtemps que l’Empire et le Premier Ordre, bien plus avancés que leurs gentils opposants, auraient transformé les TIE Fighters en missiles hyperspatiaux pilotés par des clones ou à distance pour perforer tous les vaisseaux adverses, et de ce fait, il n’y aurait jamais eu un seul film Star Wars. Je me demande si Rian Johnson a simplement pris la peine de se renseigner sur la série dont il allait écrire un opus.

Mais pourquoi m’attarderais-je sur de telles spécificités quand je peux simplement me contenter de lister les points laissés en suspens par le VII que Rian Johnson a délibérément choisi de laisser tels quels, voire d’en entériner quelques uns ? Parmi les faiblesses de The Force Awakens, il y avait un certain nombre de questions laissées sans réponse à sa conclusion. D’aucuns diront que c’est quelque chose qu’il faut reprocher à JJ Abrams, et je ne les contredirai pas. D’ailleurs, JJ, j’ai vu ton nom au générique en tant que Producteur Exécutif ! Ah je houspille Rian Johnson allégrement depuis 50 000 caractères, mais tu as ta part de responsabilité aussi : les questions que TU as laissées sans réponse, tu n’as pas veillé au grain pour que Rian les résolve. C’est mal !

Bien sûr, les défenseurs du film utiliseront toujours le même argument massue pour justifier ces bassesses, donc je vais m’en servir aussi. Vous savez :

« Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »

  • Comment le sabre d’Anakin est-il parvenu là où Rey l’a trouvé dans l’épisode VII ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Qu’est-ce qui a fait se rallumer R2D2 à la fin du VII si même Luke ne voulait pas être retrouvé ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Qui est Snoke ? Quelles sont ses motivations ? Comment est-il venu en contact avec Ben Solo ? D’où vient-il ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Que veut dire la prémonition que Rey a vu en touchant le sabre d’Anakin si elle n’est effectivement personne ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Pourquoi Finn se remet-il aussi bien et aussi vite alors que la fin du VII laissait croire qu’il ne s’en remettrait sûrement jamais complètement ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Comment Poe s’est-il tiré du crash de son vaisseau ? Qu’a-t-il fait avant de ressurgir dans l’histoire ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Qui était le vieil homme qui considérait que Leia n’était pas seulement une chef de guerre, mais une figure de noblesse ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »
  • Qu’est-ce qui peut bien occuper les Chevaliers de Ren pour qu’ils n’assistent pas leur chef Kylo pendant les événements majeurs de ces deux films ? « Le message du film c’est qu’il faut laisser le passé derrière nous et se tourner vers l’avenir de la série. »

Eh oui, mesdames et messieurs, là où Star Wars Episode VIII – The Last Jedi se distingue de la plupart des mauvaises suites hollywoodiennes, c’est par le fait qu’à travers la négligence des gens qui touchent des millions pour écrire cette suite, il a réussi, rétroactivement, à rendre son prédécesseur moins bon qu’il n’était quand il était le seul volet de la nouvelle trilogie !

Et ça, je vous le donne en mille, ce n’est pas une mince affaire.

L’Attaque des Clones/10

 

Roger Waters – Is This The Life We Really Want?

Roger Waters est un auteur-compositeur-interprète dont la carrière, qui dure depuis plus de 50 ans, a démarré au sein du groupe Pink Floyd, dont il fut le bassiste jusqu’à 1983 et le principal parolier pendant les plus grandes années du groupe, notamment sur les albums The Dark Side Of The Moon et The Wall.

Après avoir quitté les rangs du flamant rose, il a sorti trois albums solo au siècle dernier, puis rien pendant 25 ans à part Ca Ira, un opéra sur la Révolution Française. 2017 marqua donc son grand retour avec un nouvel album solo, produit par l’acolyte historique de Radiohead, Nigel Godrich.

Un peu de contexte – Together we stand, divided we fall

Voilà maintenant plus de la moitié de ma vie que je suis tombé dans la marmite Pink Floyd, dont mon exploration appronfondie n’est toujours pas finie, mais tout de même bien avancée. Après avoir été aussi profondément chamboulé par l’harmonie magistrale servie par ces quatre musiciens de talent, il m’a fallu pas mal d’assouplissement mental pour explorer la discographie solo de chacun des membres. Bien que les albums des membres les plus proches de ma sensibilité musicale (David Gilmour et Richard Wright) aient, sans jamais égaler les sommets de Pink Floyd, assez rapidement révélé leurs gemmes à mes oreilles, je ne cacherai pas que les trois albums solo de Roger Waters qui ont suivi son départ du groupe ont eu un peu de mal à trouver leur chemin vers mon coeur esthétique.

Roger Waters conçoit ses chansons bien plus comme un chef d’orchestre que comme un bassiste accompagné. Au sein de Pink Floyd, un groupe où il n’était pas rare que Waters ne soit pas le chanteur de ses propres paroles, ça ne me choque pas du tout car j’y vois un groupe qui choisit parmi ses outils internes lequel sera le plus adapté à chaque chanson. Mais sur ces trois albums solo, notamment Amused To Death, ça a fini par me gêner : bien sûr, Waters écrit et compose tout, mais entre les chansons où il chante à peine, laissant la place à un lead féminin, ou celles où il ne joue pas non plus la basse ou la guitare rythmique, je me demande où se situe le projet de Waters, entre album solo et opéra rock à la Starmania. Je n’ai aucun problème avec ces deux formules, mais cet entre-deux me dérange un peu, d’un point de vue artistique. C’est principalement pour cette raison que j’accroche peu à The Pros And Cons Of Hitchhiking, l’horrible Radio K.A.O.S et Amused To Death. Mais ce n’est pas la seule.

Roger Waters conçoit ses albums comme des films audio. Depuis le succès planétaire de The Wall qu’on ne présente plus, Roger Waters use et (selon moi) abuse des bruitages contextuels et saynettes audio de transition (explosions de bombes, battements de coeur, extraits d’interviews ou séries télé, 4 grands classiques chez lui). Bien sûr, c’est dur de lui reprocher cet usage, vu comment The Dark Side Of The Moon s’est illustré dans cette discipline… Mais chez Roger, ça atteint un tel point que j’en deviens agacé par autant d’interruptions dans le flot musical. J’ai souvent l’impression d’avoir à patienter entre deux chansons. Je ne pense pas que Roger Waters cessera un jour d’avoir recours à ces techniques, pas plus qu’à ses paroles politiquement engagées, mais j’avais envie de le voir adopter un nouveau dosage de tout ça, notamment grâce aux bons conseils de Nigel Godrich…

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Wish you were here in Guantanamo Bay

Cette phrase issue de l’album Is This The Life We Really Want? (sur la chanson « Picture This ») évoque bien évidemment un succès plus ancien de Pink Floyd, dont il avait écrit le texte. Mais je trouve que cette formule encapsule parfaitement la direction artistique prise par Waters sur ce nouvel album, et pourquoi je l’ai autant apprécié.

Dès la sortie du premier single issu de l’album, « Smell The Roses », une chose a frappé tous les auditeurs : musicalement, l’album comporte une belle dose de retour aux sources, c’est-à-dire aux sonorités de l’âge d’or de Pink Floyd, de 1973 à 1979. Cette chanson à elle seule évoquera aux fans « Have A Cigar », « Wish You Were Here » et même le jam central de « Echoes ». « Picture This », quant à elle, rappelle sans aucun effort « One Of These Days » et « Welcome To The Machine » et « Oceans Apart » est comme le successeur de « Pigs On The Wing » et « Mother ». Roger puise donc dans son passé l’inspiration pour créer des mélodies plus efficaces que celles de ses trois albums précédents et personne ne lui reprochera ça.

Notamment parce qu’il ne s’en contente pas. Cet album comporte beaucoup de morceaux manifestement composés au piano plutôt qu’à la guitare, le clavier d’ivoire et d’ébène y prenant une place centrale (« The Last Refugee », « The Most Beautiful Girl » et le trio final), ce qui donne une tout autre résonnance aux paroles contemplatives et mélancoliques de Waters.

Puisqu’on parle des paroles, il y aura peu de surprise parmi les auditeurs connaisseurs du bonhomme. Toujours autant de messages militant contre la guerre, contre l’oppression sous toutes ses formes, contre certains politiques influents et dangereux (« certains » ici veut dire « Donald Trump »). Plus étonamment, Waters renoue avec l’une de ses plus anciennes pratiques de parolier, à savoir l’adaptation en anglais de poésie orientale – ce qu’il avait fait en 1968 sur « Set The Controls For The Heart Of The Sun » et qu’il réitère sur « Wait For Her ».

Avec donc des paroles solides comme il en a la pratique depuis plusieurs décennies et une composition plus détendue, qui essaie un peu moins de réinventer la roue, le bagage créatif de l’album a un potentiel très correct. Le point le plus intéressant sera ensuite la collaboration avec Nigel Godrich sur l’arrangement et la production.

La première grosse influence de Godrich sur la réalisation de l’album a été déclarée par Waters lui-même en interview : Nigel s’est fortement opposé à l’approche « film audio » si chère à Waters depuis 1979. Il a au contraire encouragé Waters à se concentrer sur les chansons elles-mêmes, pour qu’elles soient auto-suffisantes autant que possible. L’incorporation de bruitages reste bien là, mais plus de manière décorative et enrichissante que comme mortier censé lier absolument toutes les chansons entre elles. Il restera une ou deux transitions discutables, dont la pire est pour moi la fin de la chanson-titre, totalement massacrée par le besoin apparemment irrépressible de souligner autant que possible le sentiment d’urgence exploré par la suivante « Bird In A Gale ». Dommage. Par ailleurs, certaines transitions restent élégantes (peut-être parce que Waters s’est concentré sur les transitions entre morceaux musicalement proches, pour changer). Les trois derniers morceaux du disque glissent en parfaite harmonie, ce qui obtient un beau pouce levé de ma part.

La seconde grosse modification apportée par Godrich, et qui en a dérangé plus d’un, c’est sur le mixage lui-même. Godrich est clairement de l’école des producteurs qui veulent qu’on entende les instruments fort, et les voix aussi (donc pratiquement tout), ce qui peut sembler un peu saturé ou compressé pour certains amateurs de grandes dynamiques (telles que celles mises en place par Waters sur The Final Cut). J’ai la chance de pouvoir apprécier les deux approches et celle de Godrich m’est assez familière. Elle devient palpable sur les morceaux comportant du piano et de la batterie. Le piano aura beaucoup de réverbération tandis que la batterie sera très sèche et précise. C’est une technique qu’il a mise en oeuvre sur plusieurs sorties récentes (avec succès sur AMOK du groupe Atoms For Peace et sur A Moon-Shaped Pool de Radiohead, complètement raté sur The King Of Limbs du même groupe) et qui a, à mon avis, sa puissance quand elle est bien exécutée. Et je trouve que c’est le cas sur cet album : elle met très bien en valeur l’utilisation que Waters fait du piano. C’est un instrument avec lequel il a toujours eu un rapport timide, mais qui me semble du coup enfin un peu plus assumé.

Alors j’en arrive à cette phrase que j’ai citée plus haut. Je salue vigoureusement l’effort de Waters d’être revenu à une recette plus mélodieuse, quitte à puiser dans des succès passés dont il n’est pas le seul dépositaire. Cet album n’est pas un film audio mais un album, qui s’écoute, tout simplement, comme le plus mélodieux des albums de Pink Floyd, Wish You Were Here. Ca ne l’empêche pas d’asséner des paroles engagées sur les causes qui lui sont chère et le seront manifestement pour toujours, dont l’exemple actuel le plus parlant est le camp de prisonniers de Guantanamo.

Cette phrase, qui confronte deux époques bien distinctes de la carrière de son auteur, symbolise parfaitement la sagesse dont il a fait preuve en confectionnant ce superbe album.

8/10

Lâcher prise

Avertissement : cet article ne mentionne aucune chanson issue d’un film d’animation à thème hivernal.

Je pense que nous sommes tous assez familiers du paradoxe suivant : les chansons les plus agréables sont souvent des chansons tristes. J’ai l’impression que pour la plupart des gens, la musique a moins de mal à transmettre une profonde émotion lorsqu’elle est mélancolique que lorsqu’elle est enjouée. Un morceau joyeux pourra bien sûr nous mettre de bonne humeur, voire faire bouger pieds, têtes, épaules et bassins en rythme, mais seules les chansons les plus tristes semblent capables d’accéder au fin fond de nos coeurs, s’y nicher et déclencher cette sorte d’essorage de l’âme qui parvient même parfois à nous arracher des larmes.

Mais pourquoi est-ce qu’on écoute ça ? Pourquoi est-ce qu’on s’inflige ça ? Personne n’a envie d’être triste, a priori.

Les théoriciens de la dramaturgie nous parleront de catharsis, ce phénomène déjà connu des Grecs antiques qui consiste à « nettoyer » l’esprit du spectateur avec ses propres larmes : devant la tragédie que subissent les personnages mythiques, notre propre vie et ses difficultés sont remises en perspective et on se sent mieux.

La chanteuse australienne Rachel Claudio a dit, lors d’une intervention TED (la suite est paraphrasée), que la musique invoque les blessures du passé et nous fait revivre la douleur sans la souffrance. Ainsi, le souvenir de la douleur nous rappelle ce que l’on a traversé, sans nous y replonger. Dès lors, une sérénité nouvelle émerge, comme une sorte de fierté d’être où l’on est malgré ce que l’on a enduré.

Moi ? Eh bien je suis d’accord avec ces deux analyses. Je pense que lorsqu’on fait résonner les malheurs passés :

  • bien sûr, on se souvient du malheur
  • mais surtout, on se rend compte qu’il est bel et bien passé

Ce qui m’amène à l’un des thèmes que j’aime le plus dans les paroles de chansons : le lâcher prise.

Je pense que les chansons qui parlent de lâcher prise réalisent merveilleusement bien l’exercice d’être mélancoliques tout en laissant le passé au passé. Je pense que l’on a tous vécu au moins une fois une situation où l’on s’est rendu compte qu’on se faisait plus de mal que de bien en restant accroché à quelque chose qui ne nous convient plus. L’attachement est un sentiment extrêmement puissant et trancher une racine est un acte extrêmement pénible. Cependant, une fois qu’on l’a fait et qu’on a pleuré des larmes bien amères, teintées de colère contre nous-mêmes pour n’avoir pas su trouver le moyen de continuer comme avant, on est libéré. On se sent bien mieux. Crever l’abcès nous permet, enfin, d’avancer à nouveau.

Puisque, pour moi, le travail premier de la musique est de véhiculer des émotions, je trouve que ce sentiment nuancé du lâcher prise, de la résignation, est ce qu’on pourrait qualifier de « bonne tristesse », comme on parle de bonne fatigue après une journée bien remplie de travail valorisant. Oui, cette chanson et son sujet sont tristes, mais c’est une tristesse « pour mon bien ». Après tout, la dernière étape du deuil est l’acceptation, et c’est justement par « après tout » que le lâcher prise peut se résumer.

Après cette superbe dissertation qui ne m’aurait sûrement pas valu plus de 5/20 en philo au lycée, il est grand temps d’illustrer tout ça avec de beaux exemples, en espérant pouvoir mettre en évidence que le lâcher prise en musique est une forme de tristesse singulière, infusée de sérénité. Une tristesse qui respire.


Laisser partir l’être aimé

Puisque la plupart des chansons sont des chansons d’amour, il est évident que le lâcher prise ne déroge pas à la règle. Il est clair que les chansons de rupture existent à foison, mais seulement une partie d’entre elles font l’exercice de constater et d’accepter, que c’est bel et bien fini.

On peut se résoudre à laisser l’autre partir vers d’autres horizons ou, malheureusement, faire le deuil d’une amoureuse décédée.

Mais peut-être que l’autre est juste déjà au travail et qu’on se retrouve tout seul dans un foyer vide ?


Tout un album pour s’exorciser

Emilie Simon a écrit un album entier en hommage à l’homme de sa vie, emporté très jeune par une maladie fulgurante. Franky Knight n’en est pas pour autant un déluge de larmes de bout en bout. Loin s’en faut, à vrai dire. Entre les appels de détresse d’une femme dont le monde a perdu la lumière se succèdent des célébrations d’une idylle parfaite et la motivation d’une battante qui remet le pied à l’étrier et ne voudrait pour rien au monde changer la moindre virgule de ce qu’elle a vécu jusqu’ici. La sérénité se manifeste jusque dans les titres des chansons, dont la dernière, l’obsessionnelle « jetaimejetaimejetaime ».

Mark Oliver Everett, le maître-penseur du groupe Eels et l’auteur de morceaux qui résonnent tellement en moi que mon patronus est probablement un barbu américain, a perdu son père (le chercheur qui a théorisé les univers multiples) assez jeune. Sa  grande soeur, suicidaire depuis l’adolescence, a mis fin à ses jours à peu près à l’époque ou sa mère a succombé au cancer, quelque temps après la sortie du premier album d’Eels. Sa réaction fut, étonnamment, de démarrer un nouvel album. Electro-Shock Blues documente le deuil avec une impudeur troublante, traitant autant de la stupeur et de l’horreur que de l’hilarité du déni et le sursaut d’une fureur de vivre intarissable.


Faire le deuil d’un ami et partenaire musical

La musique a beau être éternelle, les musiciens ne le sont pas. Mais il y a une sorte de macabre félicité dans l’aptitude que vont avoir leurs partenaires à retranscrire l’émotion que leur perte suscite en eux. La tristesse est un passage obligé, mais la fin du deuil, l’acceptation, n’est pas couchée aussi fréquemment sur des portées. Et quand ça arrive, ça se passe toujours étonnamment sur de la musique douce, des accords majeurs. « Tu n’es plus avec moi mais j’aime croire que tu as trouvé la paix. » Ce sentiment magnifique traverse les frontières des genres, d’un collectif de rap français à l’ancien guitariste d’un groupe de rock légendaire.

Ou encore, imaginez un groupe qui termine la dernière maquette de son batteur qui fit ses adieux à une vie de douleur permanente.


Tourner la page sur des décennies de carrière

Certains groupes se rendent compte que la fin est proche. L’ambiance, de plus en plus compliquée en studio, ou l’inspiration qui s’amenuise, font qu’ils savent, au fond d’eux, que cet album sera le dernier. Alors ils font le bilan, essaient de tirer des conclusions, de mesurer le chemin parcouru.

Pour les Beatles, il s’agira de célébrer chacun des 4 membres dans le seul morceau comportant un solo de tous. Vouloir délivrer un message universel. L’amour que l’on reçoit est égal à celui que l’on donne.

Pour Pink Floyd, il s’agira de rappeler les mots écrits par le diamant fou fondateur, parti du groupe depuis longtemps, comme pour dire qu’il avait raison depuis le début. Mais pas seulement : le solo final de High Hopes est la parfaite représentation de ce que j’essaie de formuler par « lâcher prise » depuis le début de l’article. Sur un accompagnement résolument triste, peindre une envolée quand même. Prendre son envol, la boule au ventre.


Continuer, malgré tout

En 1801, Ludwig Van Beethoven commence à écrire des lettres à des amis pour leur faire part de la torture intérieure qu’il subit depuis que son ouïe décline. Il a, à plusieurs reprises, pensé à mettre fin à ses jours.

En 1801, aussi, il compose une de ses oeuvres les plus célèbres. Là, il n’y a pas de mots, c’est moins évident. Mais je vous ai parlé d’une tristesse qui respire. Vous l’entendez ?


Je ne suis pas un grand musicien, mais parfois j’écris. Ces articles sont tout ce que je peux dédier. Je dédie cet article à la mémoire de Richard Wright, mort il y a neuf ans aujourd’hui. Il était pour moi le plus radieux de tous les musiciens. Nous avons vraiment perdu un océan.

TFGA #? – La Renaissance

TFGA est (à nouveau !) un exercice mensuel proposé par Alex Effect à tous les amoureux de jeux vidéo, qui consista à dresser un Top 5 sur un thème imposé. Son article liste toutes les contributions du mois.

Ils sont de retour pour vous jouer un joli tour. Afin de préserver mon blog de la dévastation, afin de rallier toutes les consoles à ma nation, afin de parler de jeux avec sincérité, afin de répandre mes mots jusqu’à la Voie Lactée : TFGA, le Top Five Games Addict. Lisez-moi tous ou ce sera… dommage.


5. Metroid Prime Trilogy – Wii

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Le fait d’écrire ce TFGA avec 3 bonnes semaines de retard me permet d’ancrer cette première entrée dans l’actualité. Alors que le développement (pour ce que ça vaut) de Metroid Prime 4 vient d’être annoncé par Nintendo lors de son Spotlight de l’E3 2017, je me dois de faire l’éloge de cette compilation sortie (à tirage limité, il semblerait) sur Wii en 2009. Trilogy offrait la possibilité de re-parcourir, en plus du troisième opus sorti auparavant sur la même console, les deux premiers volets de cette trilogie unique en son genre, avec l’aide des commandes à mouvement que la Wii-mote proposait.

Bien sûr, le débat sur la pertinence de ce schéma de commandes reste magmatique aujourd’hui encore, mais le fait est que, dans le cadre de Metroid Prime, c’était un ajout tout à fait bienvenu : en effet, sur GameCube, dans la forme originale de ces jeux, il fallait choisir entre orienter son réticule de visée et se déplacer. Eh oui, ça semble impensable ajourd’hui, mais c’était le cas. Cette version Wii détachait les pieds de Samus et augmentait considérablement le plaisir d’évoluer dans les environnements souvent à couper le souffle de ces jeux.


4. Xenoblade Chronicles 3D – New 3DS

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Ce portage en 3D du jeu Wii qui a fini bien tardivement par devenir un de mes JRPG préférés de tous les temps est, tout simplement, ce qui m’a donné l’occasion d’y jouer. A l’époque, il était impossible de se procurer l’opus Wii à un prix raisonnable. Rien que pour cette raison, je suis immensément content que ce soit Xenoblade Chronicles qui ait été choisi pour devenir le premier jeu exclusif de la deuxième itération de la 3DS.


3. The Legend Of Zelda: Majora’s Mask 3D – 3DS

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Le remake 3DS d’Ocarina Of Time est le jeu avec lequel j’ai acheté cette console. Cependant, OoT rentre complètement dans la catégorie des « jeux de confort » pour moi. Vous savez, ces jeux auxquels vous avez tellement joué que vous les connaissez sur le bout des doigts et les relancez une fois de temps en temps pour re-parcourir un environnement parfaitement familier. Refaire OoT avec le nouvel habillage fourni par Grezzo était une véritable partie de plaisir que je ne bouderai pas.

Mais quand j’ai rejoué à Majora’s Mask sur ma New 3DS (vive le mini-stick C, d’ailleurs), mon plaisir fut tout autre : ayant joué beaucoup moins à cet épisode pour le moins excellent, je me lançais dans l’aventure avec un souvenir approximatif du jeu, de certaines de ses quêtes annexes, et surtout le léger agacement d’avoir à refaire certains passages qui m’avaient un peu irrité les premières fois. Sauf que Grezzo a fait le travail remarquable de tout lisser et de faire de cette version de MM la seule à laquelle je rejouerai, tellement je trouve qu’elle parfait le chef d’oeuvre initial. Ce rajeunissement était vraiment le bienvenu, et bien plus profitable que celui d’Ocarina Of Time, qui m’a prouvé une nouvelle fois qu’il ne vieillira jamais à mes yeux.

Majora’s Mask 3D est le meilleur des remakes de Zelda que Nintendo nous a apportés récemment.


2. Persona 4 Golden – PlayStation Vita

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La raison pour laquelle Persona 4 Golden se trouve dans mon Top 5 est similaire à celle de Xenoblade Chronicles 3D : l’existence de ce remake est ce qui m’a donné l’occasion de jouer au jeu, que j’ai complètement raté à l’époque de sa sortie originale.

Mais la raison pour laquelle il est aussi haut sur la liste, c’est pour l’apport considérable que la portabilité donne à un jeu Persona. Pour ceux qui ne connaissent pas, les jeux de cette série sont des JRPG plutôt classiques dans leur système de donjons et de combats tour-par-tour, mais doublés de « simulation de vie » où le joueur vit de manière assez poussée la vie d’un lycéen (interros en cours, petits boulots, relations à entretenir, et tutti quanti). Du coup, le fait d’avoir le jeu dans sa poche, quand on part au boulot, quand on voyage, permet de vraiment superposer la vie de son personnage à sa propre vie, ce qui crée une immersion exceptionnelle. Pendant les 150h de ma partie de ce jeu, j’était totalement obsédé par lui, malgré une vie active et sociale somme toute assez normale.

A tel point que je joue en ce moment à Persona 5 et que l’aspect portable de P4G me manque.


1. Pokémon HeartGold/SoulSilver – DS

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Eh oui ! Ce détournement catastrophique de l’hymne de Jessie et James en début d’article était en fait un indice !

J’ai un aveu à vous faire : j’ai bien failli passer à côté de la Pokémania qui aujourd’hui m’habite pour toujours. Lors des premières générations, à part un ou deux combats faits en empruntant les versions Rouge, Bleue, Jaune ou Or de mes potes, je n’ai pratiquement pas approché la série. Quand j’ai entendu parler de ces remakes de la Génération 2, sans que je sache exactement pourquoi, je me suis dit que c’était le moment.

Et quel grand moment ! Revoir la Génération 2, la SEULE où l’on parcourt deux contrées, avec un Pokémon qui nous suit sur l’overworld, mais avec la complexité considérablement augmentée que deux Générations supplémentaires lui avaient apportée, et surtout un Pokédex bien plus étoffé qui contenait mon Pokémon préféré, Charmina ; c’était le panard ! Ces versions sont vraiment le dernier peaufinage de ce que’on pourrait appeler la « première formule » avant que GameFreak décide de se distancer de certains acquis en lançant la Génération 5, et quel adieu glorieux à ce qui était déjà en place !


 

Well, it’s good to be back.

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