Il y a mort d’homme

La personne responsable de l’association centralienne qui organisait la soirée où un étudiant de 19 ans s’est tué à l’alcool en 2005 est jugée en ce moment. Le verdict tombera dans les prochains jours.

L’accusation : homicide involontaire.

Cette personne, qui a travaillé très dur en classes préparatoires pour arriver dans cette école très prestigieuse et atteindre un niveau d’excellence technique convoîté par tant de lycéens, est morte.

La cause du décès : la stupidité. Cette caractéristique qu’on pense être la dernière à trouver chez un étudiant centralien.

Cette autre personne, qui a travaillé tout aussi dur pour rentrer à Centrale, puis supposément encore un peu plus pour gagner suffisamment de reconnaissance de ses pairs pour devenir Président d’une association d’étudiants, est accusée d’homicide involontaire.

D’avoir tué quelqu’un.

Mettre sa vie entre parenthèses pendant deux à trois ans, s’illustrer au sein d’un concours d’entrée extrêmement sélectif, faire preuve de compétences sociales supérieures à la normale pour être élu à un poste à responsabilité, pour tuer quelqu’un par excès, non pas d’alcool, mais de stupidité.

C’est un cas réel. C’est un cas dont on entend parler au sein de toutes les associations d’élèves de Grandes Ecoles de France, depuis 2005. DEPUIS HUIT ANS.

Et qu’est-ce qui a changé depuis huit ans ?

Rien.

Les restrictions légales sont devenues plus sévères, certes, mais le cas présent illustre qu’elles n’étaient déjà pas respectées en 2005. Et je vous le dis, je l’ai vu tous les jours pendant trois ans : rien n’a changé.

S’il y a bien une chose que j’ai apprise quand j’étais un associatif très actif à Centrale : c’est que même quand il y a eu mort d’homme, ils n’apprennent rien.

“J’ai travaillé si dur pour en arriver là, je ne vais quand même pas me remettre en question pour un simple homicide.” – La pensée collective centralienne

Absolument rien n’a changé. Ils font toujours les mêmes soirées, les mêmes binge-drinkings et dérapages incrontrôlés.

Certains se réveillent à l’hôpital après avoir perdu toutes leurs affaires, et reçoivent un ticket de métro pour rentrer pieds nus chez eux.

Certaines se réveillent dans le lit d’un type qu’elles trouvent à peine mignon, du rimell plein les joues, capote usée sur leurs chaussures.

Mais le vendredi suivant, c’est rebelotte : concours de celui ou celle qui peut enchaîner le plus grand nombre de shots.

En attendant de devenir l'”élite” de la France.

Si vous saviez à quel point je suis peu fier de faire partie de cette prétendue “élite”…

Mes yeux ont vu, et ils n’oublieront pas.