Grace Kelly Blues

Cette chanson merveilleuse d’Eels, derrière des airs simples, presque banals, cache un message d’une force rare.

C’est une ode aux personnes que la vie a privés de leurs rêves mais qui font en sorte de continuer – c’est-à-dire, finalement, tout le monde.

Qu’il s’agisse du rêve de devenir astronaute, de poursuivre une carrière d’actrice, d’avoir un toit sous lequel dormir, de présenter l’amour de sa vie à un parent que l’on n’a plus…

Ce qui est d’autant plus appréciable dans cette chanson, c’est qu’elle ne fait que raconter une tranche de vie, une pensée, de chaque personnage qu’elle évoque.

Ce qui la rend très ouverte. Une fois le message compris, on pourrait écrire des milliards de couplets, en hommage à tous ces piétons du boulevard des rêves brisés.

Hier, un de ces « couplets additionnels » m’est venu :

The girl in her bed can’t seem to get any sleep

She looks at her hand and tries her best not to weep

Remembering the last time she played the violin

She thinks of her lover, and she keeps smiling

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What it is is beautiful.

What it is is beautiful.

Ou se rendre compte que les publicités font aujourd’hui aux enfants ce que l’école leur faisait il y a cent ans.

Conditionnement sexiste, l’important n’est pas de participer.

C’est d’être bien coiffée.

Merci à Jessica Samakow d’avoir déterré cette image pour le Huffington Post

Et surtout n’oubliez pas feu Madiba :

There can be no keener revelation of a society’s soul than the way in which it treats its children.

La Crème de la Crème

Bien sûr, il fallait que Kim Chapiron raconte l’histoire consternante d’une petite fille modèle qui se prend au jeu du vice.

Plutôt que l’histoire, forte d’inspiration, d’un mec qui se dresse au-dessus de ça pour s’en sortir dignement.

Parce que sinon, on pourrait pas mettre l’héroïne à poil.

Je vois que son postulat de « La Crème de la Crème » s’applique aussi aux réalisateurs français.

Ce n’est pas en recréant les mêmes situations, en réalisant, caméra au poing, les mêmes atteintes aux dignités des corps et des coeurs d’acteurs qui ont les mêmes âges, qu’on envoie un message positif.

Conclusion : ceci n’est que du voyeurisme.

C’est d’autant plus insupportable que ça vient d’un mec qui a commencé en faisant des clips de rap. Qui voulait porter un autre regard sur un monde dont les media ne montrent que les mauvais côtés . Et c’est exactement l’opposé de ce qu’il fait sur les Grandes Ecoles.

Tu avais le choix entre raconter l’histoire de Tre Styles et celle de Doughboy Baker.

Tu as fait ton choix.

Alors Kim, je te rétorque des mots issus de cet art dont tu viens à l’origine :

On montre les caisses qui crament, et la réussite, on en fait quoi ?

Koma, « Et si chacun… », 1998.

Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles de Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée-même de révolte ne viendra plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie.

Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique.

Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquilisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Serge Carfantan, Sagesse et Révolte, prosopopée d’Aldous Huxley, 2007.

A rapprocher de ces vers :

Ces gens ont tous les ingrédients

Ils nous font foutre le camp

En rendant répugnants

Les cours aux étudiants

Fabe, Nuage Sans Fin, 1998

Brave New World