Thom Yorke – Tomorrow’s Modern Boxes

Tomorrows-Modern-Boxes

Un ami aussi fan de Radiohead que moi m’a récemment demandé ce que j’avais pensé du disque dont vous voyez le visuel ci-dessus. Je me suis dit que je pouvais partager ici mes impressions sur cet album.

Qu’y a-t-il sur ce second opus de Thom Yorke? 8 morceaux, dans un style plutôt minimaliste franchement orienté électro, à ranger dans le même bac que son prédécesseur The Eraser. Du même genre, donc, mais pas du même acabit.

La première chose qui frappe, c’est une ressemblance au niveau des sonorités synthétiques avec l’album de son sideproject Atoms for Peace, AMOK, qui lui-même faisait preuve d’une certaine filiation vis-à-vis de The Eraser. Cependant, les sons organiques que l’on a pu entendre sur des morceaux précédents tels que les riffs de guitare ciselés de « Harrowdown Hill » ou de « Before Your Very Eyes », manquent à l’appel, et c’est bien dommage.

Je vais (enfin, me direz-vous) cesser de le comparer à d’autres disques de Thom pour parler de ses qualités propres. Et de ses défauts.

On a ici un album effectivement épuré et tirant fort sur la corde électro, en termes de réalisation. Les percus sont synthétiques, les mélodies sont synthétiques, les basses sont synthétiques… Oui, presque tout est synthétique. Ce n’est pas un problème en soi, ça fait 40 ans qu’on fait de la musique synthétique très jolie, riche, variée, créative et donc intéressante.

Le problème, c’est que cet album n’est pas très riche en sonorités, en rythmiques ou même en constructions de morceaux. Hormis la transition habile entre les deux derniers morceaux, on a des chansons très standalone : on commence par la section rythmique puis on rajoute la mélodique, ou l’inverse. Thom se met ensuite à chanter et des éléments se rajoutent peu à peu dans les boucles pour avoir la construction complète vers les 2/3 de la durée du morceau. En soi, ce n’est ni bien ni mal, mais n’est-il pas un peu curieux de sortir un album de 8 morceaux avec 6 chansons aussi « standard » ?

Les 8 morceaux font la part belle à la construction en boucle et l’âme éternellement torturée de notre artiste prend bien soin d’y inclure des mélodies pas toujours très agréables, pour provoquer, pour déranger. Quand on fait ça dans un morceau, ça peut donner un résultat enivrant (c’est le cas sur la charmante « Truth Ray »), mais ça peut aussi s’avérer… lancinant (c’est les cas sur à peu près toutes les autres). Ajoutons à ça la trop forte répétitivité de l’album et il n’y a honnêtement pas grand chose qui, au bout des 3 premières pistes, donne envie d’écouter les 5 autres.

C’est fort dommage car ce disque donne plusieurs informations vraiment peu rassurantes :

  • Thom a une influence très prononcée sur le processus de création des morceaux d’Atoms for Peace
  • Thom semble être bloqué sur la même idée depuis « Videotape », dernier morceau de l’avant-dernier album de Radiohead, In Rainbows
  • Thom semble avoir réalisé un album solo pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire qu’il ne nous présente pas ce qui lui tient à coeur mais qu’il ne peut pas réaliser au sein de ses deux groupes, mais plutôt des maquettes d’idées qu’il aurait très bien pu enrichir au sein de l’un des deux, mais a décidé de les sortir telles quelles. Et c’est vraiment peu varié…

J’espère que je ne me fais pas l’oiseau de mauvais augure et j’espère du fond du coeur avoir tort, parce que j’entends bien me faire enchanter à nouveau par Radiohead comme ils l’ont fait sur In Rainbows, par Atoms for Peace comme ils l’ont fait sur AMOK et tout autant par Thom, comme il l’avait fait sur The Eraser.

Saperlipopette, j’ai reparlé des disques précédents !

En résumé, cet album est un squelette qui manque de chair et de quelques os inattendus, et la réalité la plus sincère est que s’il s’était agi d’un album d’un artiste que je ne connais pas, je ne serais sûrement pas allé au bout de la première écoute.

En même temps, il est un peu normal de faire confiance aux artistes qui nous ont bien convaincus par le passé, se disant qu’ils doivent avoir d’autres cordes à leurs guitares. Mais ce n’était pas le cas ici.