True Detective Season 2 – I live among you, well-disguised

Après avoir adoré la saison 1 de cette série HBO qui se penche sur les vies compliquées de différents enquêteurs, j’ai patiemment attendu que la totalité de la saison 2 sorte pour pouvoir la regarder d’un coup. Voici mes impressions.

Spoilers : mineurs (je vais dire qu’il y a des poursuites, des meurtres, des fusillades, je ne vais pas dire qui est le grand méchant, si le héros meurt ou l’âge du capitaine)

Changement de décor, changement de problématique, changement de personnages, changement de trame narrative, changement de générique et changement d’ambiance, ça fait beaucoup de changement pour cette nouvelle saison de True Detective. Autant de changements qui placent la barre très haut, après la réussite remarquable que fut la précédente, mais c’était peut-être la meilleure chose à faire pour ne pas donner l’impression d’être coincée dans le sillage de cette dernière.

La saison 2 de True Detective tourne autour de la ville fictive (à ma connaissance) de Vinci, située dans les environs de Los Angeles, dans le comté de Ventura. Ce choix de décor est très malin, puisqu’il permet d’être ancré dans la Californie réelle, mais aussi de façonner un contexte de corruption clair et précis, ce qui permet au spectateur de comprendre rapidement les enjeux politiques et financiers des gens haut placés. Cette rapidité de compréhension est bienvenue pour une saison de 8 épisodes, cela va sans dire. Dans ce contexte, donc, trois policiers issus de différents département connexes sont détachés pour enquêter sur le meurtre d’un dignitaire de Vinci, pourri jusqu’à la moëlle et secrètement assez vicieux, mais assassiné quand même.

Ce qui amène au thème primordial de cette saison : le vice. Le générique, la chanson « Nevermind » de Leonard Cohen, plante assez clairement le décor : le diable est parmi nous. C’est ce changement de thème qui m’a fait vraiment apprécier tous les changements qu’a subis la série entre ces deux saisons. La première se penchait sur ce qui se passe dans les zones de la Louisiane les plus déconnectées du monde moderne, superstitions, cultes et pratiques archaïques. La seconde se focalise sur les « vices », ou plutôt « faiblesses », histoire de ne pas être trop accusateur, qui se terrent chez tout le monde. On va voir en toute franchise des excès de fierté, des crises d’identité, des traumatismes refoulés, des pulsions destructrices, des mécanismes de défense, de l’abus de pouvoir ou d’autorité, de la corruption et tutti quanti.

A fortiori, les personnages sont superbement construits (à l’exception de l’un d’eux, peut-être) autour de ces contradictions intérieures et impeccablement interprétés, souvent par des acteurs et actrices auxquels on s’était habitué dans d’autres registres. On est très loin de L’Auberge Espagnole quand on voit Kelly Reilly incarner cette femme pas encore âgée mais déjà fatiguée d’une vie qui lui a sûrement un peu trop coûté ; Vince Vaughn est excellent en self-made man acculé par la menace d’un crash imminent de ses affaires, sur le papier pas bien loin de son personnage de Dodgeball, mais la comparaison s’arrête bien sur le papier ; Colin Farrell est absolument méconnaissable en quadragénaire américain brut de décoffrage, autodestructeur de toutes les manières possibles ; David Morse, un acteur que j’apprécie beaucoup, est comme à son habitude très attachant, cette fois-ci dans le rôle d’un vieux hippie barbu comme un druide, doux mais imposant par sa taille seule ; Rachel McAdams n’a plus rien à voir avec la jeune femme qui embrassait Ryan Gosling sous la pluie dans The Notebook et c’est absolument magique à voir. Elle est pour moi la révélation de cette saison, et ce n’est pas peu dire vu la performance de tous ses collègues.

Ce qui m’amène au problème du personnage de Taylor Kitsch (Detective Woodrugh), encore une fois bien pensé sur le papier, mais mal développé dans la série. Ce n’est pas du tout la faute de l’acteur, dont certains plans resserrés faciaux forcent le respect, mais plutôt à un trop plein d’intrigue à gérer par le scénario. 8 épisodes, c’est court, et explorer correctement chaque personnage devient difficile. C’est pour moi Woodrugh qui en a le plus pâti. Il est construit en saccades, presque littéralement un épisode sur deux, ce qui fait qu’en tant que spectateur, on a beaucoup plus de difficultés à s’y attacher, à s’en soucier, que pour tous les autres.

Ces personnages forts et bien construits donnent voie à des dialogues parfois délicieux, particulièrement entre Ray et Frank (les personnages respectifs de Colin Farrell et Vince Vaughn).

Le thème sous-jacent de cette saison étant le vice, elle se devait de verser dans le malaise, de montrer que quand on est foireux, ce qu’on projette finit par foirer, ce qui amène à une poignée de scènes absolument fantastiques, dans le registre du malaise, justement.

Je vais tâcher de limiter au maximum les spoilers pour parler de deux d’entre elles :

  • Il y a une scène de fusillade qui tourne très mal dont la réalisation est irréprochable. Malgré un tumulte évident, le cadrage permet au spectateur de comprendre parfaitement les mouvement des assaillants et pourquoi ça va devenir problématique. Le sound design réalise le bel effort de mélanger une musique ambiante archi-dérangeante et des effets sonores de fond qui font monter une sorte de fureur dans le coeur du spectateur, qui donnerait tout pour que ces cris affolés, ces hélices d’hélicoptère et ces rafales mitraillées s’arrêtent. La scène semble durer une éternité, et une fois qu’elle s’achève, on a l’impression d’être le quatrième de l’équipe de protagonistes qui se voûtent de fatigue, de frustration et de dégoût devant l’horreur qu’ils viennent de traverser.
  • Il y a une scène se déroulant dans une orgie secrète (dont je salue la relative pudeur, sachant ce à quoi HBO nous habitue depuis quelques années) où l’on peut voir l’ambiance se dégrader à vue d’oeil, à mesure que les drogues font effet et que la débauche éclôt lentement, puis une forme de panique croître lentement et inexorablement, ce qui est accentué par une musique orchestrale d’une qualité que j’ai rarement constatée dans une série. Quelque chose qui ressemblait à s’y méprendre à un morceau des Planètes de Holst (Neptune) ou du Zarathustra de Strauss sans vraiment en être. La BO de 2001: Odyssée de l’Espace dans son ensemble vient aussi en tête.

Le travail audio, qu’il s’agisse des effets, de la prise de son ou de la musique, est peut-être ce que j’ai entendu de mieux dans une série. Les musiques folk et jazzy tirant un peu sur l’électro de T. Bone Burnett collent comme du néoprène à l’ambiance que la réalisation veut construire, le générique de Leonard Cohen, avec des paroles choisies soigneusement pour chaque épisode pour introduire à chaque fois le sujet, et enfin les performances à l’écran de Lera Lynn accompagnée de sa seule guitare pour chanter des morceaux originaux dont les paroles furent écrites avec les directives du créateur de la série, donnent à cette saison une identité musicale et sonore très forte, qu’on perçoit comme un véritable mortier audio qui consolide le tout.

Tous ces excellents points étant soulevés, la saison a quand même ses défauts, à commencer par l’histoire. Celle-ci a beau s’articuler autour des personnages et de leurs travers, il n’empêche qu’elle relègue du coup l’enquête principale de la série au rang de simple excuse pour que les personnages se rencontrent. C’est particulièrement décevant après avoir été happé dans la saison 1 par une affaire tellement obscure qu’elle n’est toujours pas résolue des décennies après le début des événements. Le spectateur était investi dons la démarche et voulait profondément voir le salaud payer pour ses crimes. Ici, le scénario veut que l’on se soucie du devenir des enquêteurs, bien plus que du déroulement de l’enquête, à tel point qu’on se demande si le fin mot de l’histoire est un enjeu réel de la saison. Que la vérité éclate ou non, ce n’est qu’un détail. Et ça, chez moi, ça passe mal.

Par ailleurs, sans verser dans les spoilers, j’ai trouvé que la dernière demi-heure de la saison était un déluge de clichés tous vus et revus, dont un en particulier rompt totalement avec la recherche de réalisme, voire de naturalisme de tout le reste de la série. Je n’en dis pas plus, mais cette fin, qui n’est d’ailleurs même pas un dénouement à proprement parler, laisse un goût bien plus fade en bouche que celle de la saison 1.

En conclusion, j’opposerai la constance de la saison 1 aux hauts et bas de la saison 2. Comme j’ai une large préférence pour les choses qui se tiennent sur la durée, je garde un bien meilleur souvenir de la première. Ceci étant dit, cette deuxième saison réussit le pari de garder de la nouveauté en se détachant totalement des racines de la première (mieux vaut ça qu’une pâle copie) et a des moments de brillance rare qu’il est nécessaire de saluer.

7/10

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