TFGA #24 – La Fin

TFGA fut un exercice mensuel proposé par Alex Effect à tous les amoureux de jeux vidéo, qui consista à dresser un Top 5 sur un thème imposé. Son article liste toutes les contributions du mois.

Eh bien oui, vous avez bien lu le titre de cet article : la série collaborative des TFGA touche à sa fin ! Avec un retard record qui m’épate moi-même, je me suis enfin résolu à faire mes adieux à cet exercice ma foi fort stimulant.

C’est vrai que c’est compliqué de se résoudre à laisser quelque chose derrière soi, ce qui est clairement une des raisons de mon retard colossal pour rendre ma vingt-quatrième copie. Savoir qu’après ce quantum, c’en sera fini pour de bon, c’est toujours quelque chose qui me bloque. J’ai mis des années à lire le dernier tome de Bremen, un manga qui m’a beaucoup touché. Il en a été de même pour le dernier épisode d’une de mes séries préférées, Urgences. Et je n’ai même pas encore commencé le dernier livre de feu mon père, qui est mort il y a neuf ans… Pour un jeu, il arrive que ce genre de phénomène se reproduise également. A vrai dire, il y a de nombreux jeux pour lesquels je me souviens parfaitement avoir fait une dernière sauvegarde avant le boss final, et laissé le jeu reposer pendant quelques jours avant de m’y mettre. Certains de ces jeux sont listés ci-dessous.

Je préfère être franc : contrairement à des articles passés dans ma série de TFGA, je ne vais pas y aller par quatre chemins pour parler de ces fins, donc bien évidemment, il y aura des spoilers partout.

Alors puisqu’il faut en finir, finissons-en. Pour l’Angleterre, James !


5. Tearaway (2013) / PlayStation Vita

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Je me souviens que 2013 est l’année où j’ai commencé à percevoir une composante du développement d’un jeu à laquelle je n’étais pas vraiment sensible avant ça. L’amour.

Quand j’ai joué (et poncé parce qu’il est fantastique) The Legend Of Zelda: A Link Between Worlds, j’ai été frappé par tout l’amour qui a été mis dedans. Un amour pour cette franchise qui est spéciale pour de nombreux joueurs et forcément, à force, de nombreux développeurs. Mais aussi de l’amour pour le joueur, pour moi: j’avais l’impression que ce jeu faisait l’effort de me vouloir du bien, de s’assurer que je m’amuse, que je souris, que je suis content. Ne vous en faites pas, je sais à quel point ce que je dis semble naïf, mais cet amour débordait, il était palpable.

Quand, juste après ce Zelda, j’ai joué à Tearaway, j’y ai trouvé ce même amour. Je l’ai ressenti dès le début, notamment parce que ce jeu a entre autres la particularité d’inclure le joueur lui-même via la caméra frontale de la Vita. Mais ce qui m’a le plus ému (jusqu’aux larmes) dans ce jeu, c’est sa fin. Et par fin, je n’entends pas seulement « ce qui se passe à la fin », mais sa finalité : le but du jeu est de faire parvenir au joueur le message de remerciement des développeurs.

A la fin de Tearaway, au terme de ce long périple, le message (qui est littéralement la tête du personnage principal) parvient à destination : il est délivré au joueur, et ce message est un « merci d’avoir joué à notre jeu », tout simplement. Si ça, ce n’est pas de l’amour !


4. Super Mario 64 (1996) – Nintendo 64

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Super Mario 64 étant le jeu qui m’a fait passer de « gamin qui aime bien les jeux vidéos » à « gamin pour qui les jeux vidéo seront importants pour toujours », on peut se douter que je ne suis pas prêt d’oublier la satisfaction de l’avoir fini.

C’est assez insolite, d’ailleurs, puisque la fin de ce jeu n’est vraiment pas spéciale du tout. La princesse Toadstool est sauvée, les étoiles ont redonné au Château toute sa gloire et Mario reçoit enfin le gâteau qui lui avait été promis. Le générique montre des images de tous les niveaux dans lesquels Mario a évolué en déroulant les noms de tout le personnel du jeu, sur fond d’une musique enjouée et satisfaisante. Et puis c’est tout.

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de ressentir toujours cette même satisfaction quand je la revois, même en regardant un speedrun ! Le rythme me semble être juste, et les images nous montrent les tableaux du Château tels qu’ils sont censés être : paisibles et amusants. And it’s all thanks to you. Thank you Mario.


3. Mass Effect 3 (Synthèse) (2012) – Xbox 360, PlayStation 3, PC, WiiU

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la trilogie Mass Effect est une sacrée épopée quand on la fait en entier. Les rebondissements sont nombreux, l’enjeu ne pourrait pas être plus grand, et l’adversité est terrible. Mais quand finit par en venir à bout et que la décision finale repose sur nos épaules, eh bien il y a un des choix qui m’a bouleversé.

J’ai lu beaucoup de science fiction dans ma vie, notamment tout le cycle des Robots d’Asimov et pas mal d’oeuvre qui s’en approchent, et j’ai toujours eu ce même souci : la problématique archi-classique des machines créées par la vie organique qui finissent par la supplanter a énormément de mal à se renouveler. On suit presque toujours la même formule, jusqu’à la fin qui, en général, consiste à mater les machines et décider de ne plus prendre le risque de se faire supplanter à nouveau (sauf qu’on sait très bien que quelques milliers d’années plus tard, ça recommencera).

Mais dans Mass Effect 3, on peut faire le choix de la synthèse. De mettre fin à l’opposition organique/synthétique. Ce virage si soudain et en même temps si élégant est d’une brillance que je ne saurais sous-estimer. Après un périple aussi long et ardu, quelle belle récompense !

Et je précise que je parle de la fin du jeu avant même que les joueurs râleurs poussent BioWare à l’altérer. J’ai compris ce qu’ils voulaient faire du premier coup, je n’avais pas besoin de ces éclaircissements.


2. Xenoblade Chronicles (2010) – Wii, 3DS

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Les deux jeux de la série Xenoblade Chronicles ont le point commun d’avoir des histoires qui nous en apprennent jusqu’à la toute fin. Bien que la fin du second jeu, X nous laisse avec un cliffhanger qui nous pousse juste à baver pour avoir une suite directe, le premier jeu utilise plus une approche à la Sixième Sens : la dernière cinématique (après avoir vaincu le boss final) nous lâche une bombe atomique dans la tronche qui remet tout ce que l’on vient de vivre (pendant au moins 100h) en perspective. Et cela fait pourtant suite à un nombre déjà tout à fait respectable de virages à 180° vécus plus tôt au fil de l’histoire.

Après avoir appris que Shulk n’était qu’un pantin dans le plan d’un dieu maléfique qui était l’âme d’un des deux titans qui constituent l’univers du jeu tout entier, Shulk trouve en lui la force de devenir lui-même un dieu et de terrasser le précédent. Mais quand une entité cosmique d’ordre supérieur lui demande ce qu’il veut faire du monde, il décide de renoncer à ses pouvoirs de dieu. Alors, une cinématique nous montre l’origine du monde à deux titans : une expérience qui a mal tourné, pilotée par deux scientifiques venant de la Terre. Notre Terre. L’univers a été détruit par cette expérience puis un autre a pris sa place, celui dans lequel le jeu se déroule.

Ca fait beaucoup. Mais c’est magnifique.


1. Tetris (1984) – à peu près tout ce qui a un circuit intégré sous le capot

Ce que je vais dire est presque totalement de la paraphrase de ce que l’excellentissime youtuber Matthewmatosis a dit dans sa vidéo Tetris – A Perfect Game? donc si vous comprenez bien l’anglais, je vous recommande d’aller directement à la source.

Si mon verbiage vous intéresse encore, cependant, je paraphrase : la fin de Tetris, c’est le moment où Tetris devient trop dur pour le joueur. Autrement dit : chaque partie de Tetris s’arrête précisément au moment où le jeu franchit le cap de difficile à impossible, quel que soit le joueur. Tetris s’arrête précisément quand continuer ne serait plus amusant mais deviendrait frustrant.

De surcroît, quand on y réfléchit, on atteint le game over de Tetris lorsque le poids de nos erreurs passées devient implacable. Quand on pense à l’essor de nombreux jeux au sein desquels les choix du joueur conditionnent la suite des événements, je pense que rien n’en est un plus parfait exemple que Tetris. Tant que l’on fait tout bien, tout va bien. Quand on commence à faire des erreurs, il faut les rectifier au plus vite. Si trop s’accumulent, on échoue. Fin du jeu.

La meilleure fin de jeu est celle d’un jeu à la courbe de difficulté irréprochable qui n’a pas de fin.

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Voilà !

Les TFGA, c’est fini pour moi. Après 24 épisodes dont je n’ai sauté aucun (carton plein, yeah man!), j’ai compris pas mal de choses sur le fait de tenir un blog : pour cela, je remercie grandement Alex qui a proposé et entretenu cet exercice avec un professionalisme que je ne peux qu’admirer.

J’ai appris qu’il est incroyablement enrichissant de replonger dans sa propre mémoire, si le thème de réflexion est porteur. Organiser ses impressions n’est pas une mince affaire, et le résultant n’en est que plus grand : on affûte son esprit critique et on se délecte d’autant plus des contributions d’autrui.

J’ai aussi compris qu’il est loin d’être facile de se tenir à un emploi du temps régulier pour écrire, même lorsqu’on écrit de la non-fiction. L’inspiration n’est pas quelque chose qui se commande et, bien que j’aie pendant des années jalousé les « journalistes » dont c’est le métier d’écrire sur des jeux vidéo, je compatis grandement pour leurs jours de baisse de régime où, bien qu’il faille publier quelque chose, aucune pensée satisfaisante ne leur vient.

J’ai enfin eu la confirmation que l’art qu’est le jeu vidéo est d’une richesse immense qui n’a rien à envier à ses aînés : il y a là un corpus phénoménal qui donne largement de quoi avoir des discussions nourries pour toute une vie et c’est un pan de la culture humaine auquel je suis bien content de contribuer. En ce sens, les joueurs sont encore tous des pionniers.

Alors puisqu’il faut jouer, jouons ! Pour l’Angleterre, Alex !