Je les envie

L’homme est étrangement seul lorsque, debout entre deux gardes qui guettent la défaillance ou, pire, l’incident, il entend les mots « la cour et les jurés vous condamnent à la peine de mort ».

Le mot « mort » semble se répéter dans la salle, dans les couloirs, dehors sur le perron où les gens attendent.

Christian Ranucci n’a rien dit, n’a rien fait. Il est resté de glace comme figé par l’annonce d’un avenir – si l’on peut dire – qu’il repoussait de toute sa certitude depuis de longs mois.

Pas un cri, non plus, dans la salle où un souffle de dignité est finalement passé.

Un homme s’est effondré un peu plus : le père de l’enfant morte, qui a sans doute réalisé ce soir que rien, même ce qu’il souhaitait depuis longtemps, ne calmera sa douleur. Une femme partage cette souffrance : la mère de Christian Ranucci, une autre victime, finalement.

Et les jurés sont sortis un par un, redescendus dans la foule anonyme dont ils étaient le symbole, conscients, j’en suis sûr, d’avoir rempli leur devoir, mais ça ne veut pas dire qu’ils se sentent soulagés.

Ranucci n’a pas pensé à la peine de mort lorsqu’il a tué l’enfant ; sa tête, si elle tombe, ne sera pas, sans doute, un meilleur exemple.

Après avoir entendu le premier écho du couperet ce soir, on se sent déchiré par le meurtre d’un enfant et l’annonce du verdict.

Combien sont tranquilles ceux qui pensent sincèrement que la peine de mort est efficace, juste, exemplaire !

Je les envie.

Paul Lefèvre
Annonce de la condamnation à mort de Christian Ranucci
10 mars 1976

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