TFGA #20 – Etre ou ne pas être… à contre-courant

TFGA est un exercice mensuel proposé par Alex Effect à tous les amoureux de jeux vidéo, qui consiste à dresser un Top 5 sur un thème imposé. Son article liste toutes les contributions du mois.

Au fil des générations (et surtout pendant les sixième et septième), le medium des jeux a gagné exponentiellement en importance, évidemment parce que la population qui joue aux jeux a fortement augmenté. De nouvelles strates de public se sont créées et, fatalement, en tant que membre de ce public ayant précédé cette rapide expansion, je me retrouve avec un sacré paquet d’opinions impopulaires. Le plus difficile a été de me limiter à cinq d’entre elles, alors voici le sous-titre : ces opinions sont actuelles et liées à l’actualité, au paysage des jeux vidéo en ce moment, ces derniers temps. Le choix a été plus simple comme ça et au moins je m’assure que ça parlera à un maximum de joueurs.

ATTENTION : je fais preuve de nuance et je choisis soigneusement les mots que j’emploie, alors inutile d’essayer de lire entre mes lignes. Ca ne vous aidera qu’à comprendre de travers. Si je dis que je préfère A à B, ça ne veut pas dire que je pense que A est parfait et B est lamentable. Si je dis que C n’a pas reçu l’attention méritée tandis que D en a trop reçu pour ce qu’il valait, ça ne veut pas dire que je n’aime pas D, ni même que je l’aime moins que C. C’est bon, on est paré ? Go!


5. Furieusement Reproduire Ou Mourir

Le studio de développement dont le nom est formé par les quatre initales ci-dessus est beaucoup trop adulé pour le travail qu’il fournit et ça me devient insupportable.

A l’époque de la PlayStation 2, j’ai fait l’expérience curieuse de jouer à un jeu extrêmement rigide, criminellement flou dans sa façon de distiller son histoire et inutilement sévère dans sa façon de punir la moindre erreur du joueur. Un jeu d’aventure en 3D que j’ai rapidement oublié comme une version d’un jeu Zelda où l’on aurait décidé de purement et simplement faire l’impasse sur l’ergonomie. Ce jeu s’appelle Evergrace et son développeur, From Software.

15 ans plus tard, le même studio continue de vendre exactement la même formule avec exactement les mêmes défauts, sous la forme de la série des Souls. Que la mayonnaise prenne enfin pour eux tout ce temps plus tard, j’en suis ravi, tant mieux, il reste tellement peu de développeurs japonais encore sur le circuit. Mais avec le recul que j’ai sur leur oeuvre, je trouve insensé que des millions de joueurs s’extasient devant la soit-disant subtilité d’un jeu qui n’a jamais changé et n’a jamais prouvé une seule fois qu’il présentait réellement une histoire ou un mythos subtils (non, mettre « de sang » dans les noms de TOUS les objets CLASSIQUES du genre ne te donne pas une identité propre, Bloodborne). L’écriture de ces jeux est d’une paresse qui m’afflige de plus en plus à chaque opus et la seule raison pour laquelle tant de joueurs y trouvent un message caché tellement bien caché qu’il n’y est pas, c’est que les dits joueurs galèrent tellement à progresser dans ce tas de difficulté gratuite qu’ils faut coûte que coûte qu’ils s’en inventent une raison.

Ces jeux sont des reliques d’une époque criblée de jeux non-raffinés où les joueurs s’escrimaient à se déformer pour surmonter des épreuves qui n’existaient que parce que les développeurs n’étaient pas assez bon pour les rendre navigables et ça me rend un peu fou qu’après tous les progrès faits partout dans le monde et appliqués même par des développeurs indépendants polonais pour rendre les expériences accessibles quelle que soit leur difficulté, From Software pass entre les gouttes et les foudres de tant de gamers parce qu’ils ont tenté le coup marketing de nous faire croire que « c’est dur parce qu’on aime ça ». Sauf que ça n’est pas particulièrement difficile. C’est juste pénible.

Par par dessein. Par incompétence.


4. All you have to do is be prepared

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Alors là on tape vraiment en plein dans l’hypocrisie de notre communauté. Ce petit jeu pas vraiment classique pour moi mais intéressant malgré tout est lié à toutes les autres entrées de ce top à part la numéro 3.

ZombiU est un jeu très bien.
Pour public adulte.
Réalisé par un développeur tiers.
Dans une nouvelle franchise.
Disponible depuis le lancement de la console.
Sur WiiU.

ZombiU est un jeu d’horreur qui réalisait le pari (fou à l’époque, même si c’est une évidence aujourd’hui) de recentrer le genre sur l’ambiance et d’autres mécaniques qui avaient fait sa grandeur au cours des 5ème et 6ème générations : rigidité des commandes, vulnérabilité des protagonistes, etc. C’est un jeu qui, par ailleurs, faisait l’effort de présenter une trame narrative quelque peu atypique, puisque le jeu n’a pas de héros, les trois seuls personnages « permanents » de son histoire étant des NPC.

ZombiU nous offrait une vision rafraîchissante de l’apocalypse zombie en nous jetant dans un lieu du monde réel dévasté par celle-ci. Le jeu nous donnait une sensation de peur assez organique en utilisant le GamePad d’une excellente manière : nous forcer à baisser les yeux pour rentrer un code ou gérer son équipement dans un sac à dos dont l’ouverture ne mettait absolument pas le jeu en pause. Et le jeu a été critiqué pour ça. Ce sac à dos de malheur. Alors qu’il a été célébré comme l’un des points forts d’un autre jeu qui est sorti quelques mois plus tard… La suite au n°2.

ZombiU présente une excellente rejouabilité pour tout joueur désireux d’optimiser son parcours au fil de l’histoire, en ajoutant du piment en mode Survivant. D’ailleurs il est bien triste qu’il n’ait pas pu séduire une communauté de speedrunners, tellement il est taillé pour cet exercice. Ce jeu a été développé en un an par un développeur tiers pour le lancement d’une console, ce qui, en regardant le résultat final, est tout simplement un exploit technique. Ce jeu, enfin, n’est même pas si difficile que ça si l’on se contente de suivre le conseil unique que nous donne en boucle le personnage du Prepper : être préparé.

Donc voilà ma réponse aux gens qui disent ne pas vouloir de WiiU « parce qu’il n’y a pas de jeux de troisième-partie/de jeux ‘matures’/pas de diversité dans le catalogue assez tôt dans le cycle de vie de la plateforme » : tout ce qu’il aurait fallu, en 2012, c’était que les gens l’achètent avec la console qui va avec. Les éditeurs en auraient peut-être fait d’autres.


3. Les rumeurs et la hype aveugle

Quand je vois les commentaires des articles de sites dédiés aux jeux vidéo (ou pire, des vidéos YouTube traitant du sujet), j’ai l’impression d’être un extraterrestre pour la seule raison suivante : je ne base mon opinion que sur des faits.

La communauté vocale des gamers passe son temps à donner de l’importance aux déclarations rocambolesques de personnes qui n’ont aucune crédibilité et, sans s’en rendre compte, à intégrer des rumeurs non-confirmées dans ses réflexions pour en tirer des conclusions qui n’ont aucun fondement logique.

Alors tel jeu va « encore être repoussé » donc on se met à détester le développeur, même si rien de tel n’a jamais été annoncé. Telle console sera tantôt plus puissante qu’un simulateur Météo France, tantôt à peine plus complexe qu’un grille pain, donc on s’attend à du gameplay en 4k 60fps le lundi et le mardi on hue le constructeur parce que c’est un échec avant même d’être lancé.

Et vous savez ce que ça fait ? Ca donne un éventail d’attentes aussi vaste qu’inadéquat chez tout le monde. Des choses qui relèvent du rêve éveillé deviennent une sorte de norme alors que personne n’est capable de les réaliser, donc tout le monde finit déçu. Des produits qui ne sont même pas annoncés sont déjà vus d’un mauvais oeil parce que l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours a dit que c’était moins puissant qu’une bouilloire. Des joueurs crédules regardent une vidéo dite « de gameplay » pour un jeu qui ne verra pas le jour avant au moins deux ans et s’imaginent que c’est réellement ce qu’on pourra voir dans le produit fini. Même si le développeur leur a déjà fait le coup. Plusieurs fois. Et ça devient quand même leur référence inatteignable, donc quand un vrai jeu terminé sort deux semaines plus tard, on trouve X affreusement laid à côté de Y dont le trailer est beaucoup plus beau même si c’est évident que Y n’aura pas du tout cette gueule quand il sortira.

Arrêtons, pitié. Il y a déjà tellement de choses à dire sur ce qui est avéré.


2… je vais me faire crucifier pour ça (et c’est pas normal)

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Alors voilà, je vais devoir dire quelque chose qui va donner de l’urticaire à certaines personnes, donc asseyez-vous, prenez une tisane relaxante, mettez de la musique délicate et retenez bien votre souffle. C’est parti :

The Last Of Us n’est pas parfait.

C’est bon, le choc est encaissé ? Le souffle repris ? On peut y aller ?

J’ai bien aimé The Last Of Us. C’est un jeu plutôt bien réalisé, au travail de présentation impeccable (comprendre : il a toutes les qualités d’un bon film d’animation), à la durée de vie plus que convenable et la moitié de ses personnages principaux est attachante.

Mais il a des défauts. Comme tous les jeux, cela va sans dire. Sauf que les siens sont énormes. Ce jeu a toutes les qualités d’un bon film d’animation, c’est très bien. Le souci c’est qu’il a des défauts qui ne seraient absolument jamais pardonnés d’un jeu qui n’a pas toutes les qualités d’un bon film d’animation.

Par exemple, ce jeu est adulé pour la qualité de sa narration et à quel point elle est bien entrelacée avec le gameplay. C’est mignon de dire ça, mais c’est faux, car c’est à sens unique. Effectivement, le gameplay est très bien infusé dans la narration. Quand l’histoire progresse, le gameplay progresse avec elle. Le défaut majeur quant à la narration, c’est ce qui se passe dans l’autre sens. Car la narration, elle n’est pas du tout bien intégrée au gameplay. Les deux exemples qui vont suivre reposent sur la mécanique la plus importante du système narratif : la suspension d’incrédulité. Pour faire simple : pour qu’une narration soit prenante et que son message (sa « morale ») s’imprime sur le spectateur, il faut que celui-ci soit dans un état de « crédulité », c’est-à-dire une condition où, bien que n’étant pas une histoire réelle se déroulant sous ses yeux, l’histoire narrée est suffisamment cohérente pour être convaincante. La suspension d’incrédulité, c’est ce qui est établi, par exemple, quand on dit à quelqu’un « imagine pour cinq minutes que tu es sous l’eau ». Une des difficultés de toute narration complexe, c’est de maintenir cette suspension. La suspension d’incrédulité est un échec quand, par exemple, on dit plus tard dans ces cinq minutes, « et là tu sautes à pieds joints ». C’est impossible de sauter à pieds joints quand on est sous l’eau : l’incrédulité n’est plus suspendue. The Last Of Us A-TO-MISE sa suspension d’incrédulité (au moins) par deux manières ultra-répétées :

  • une quantité non négligeable du jeu se fait en infiltration, en cherchant à se faufiler discrètement sans se faire voir ni entendre par les ennemis. Mais une quantité non négligeable du jeu se fait aussi accompagné d’une ou plusieurs autres personnes. Et ces personnes parlent à voix haute et se baladent dans tous les sens, sans jamais pouvoir se faire voir. Immersion fracassée. Alors la narration, à ce niveau là… je préfère les cinématiques
  • au fil du jeu, on neutralise des centaines de soldats armés, qui ne nous donnent jamais la moindre balle de munition, alors qu’on en trouve dans toutes les armoires à pharmacie et tiroirs de cuisine qui se trouvent sur notre chemin. Là c’est pire qu’une immersion rompue, c’est carrément comique
  • je peux en citer plein d’autres, mais ils sont moins « nez au milieu de la figure » : le fait que les villes désertés soient les villes désertées les plus peuplées que j’aie jamais vues ; les « énigmes » où tout ce qu’il faut faire, c’est savoir où se trouve la palette ou l’échelle, même à un endroit où il est totalement improbable de trouver une palette ; le fait que les surins soient « jetables » et se cassent en un seul emploi, etc.

Autre défaut majeur de The Last Of Us, la courbe de difficulté en totales dents de scie, avec des passages en fin de jeu qui pourraient être finis les yeux fermés par un chimpanzé alors que les premiers moments face à des infectés sont tellement peu didactiques qu’on est plus ou moins en mode die-and-retry (ce qui n’aide pas l’immersion, d’ailleurs). Mention spéciale à deux passages inutilement et absurdement difficiles (à moins de se la jouer bourrin, ce que j’ai fini par faire) : dans les égouts, seul endroit du jeu où l’on rencontre des infectés à mi-chemin entre ceux qui courent et les clickers donc on se fait repérer sans comprendre si c’est parce qu’on s’est fait voir ou entendre ; et dans le lotissement, quand un type utilise un fusil de précision pour nous plomber dès qu’un cheveu dépasse de tout obstacle.

Hormis tout ça, le gameplay est assez solide, car il synthétise élégamment des tas de mécaniques devenues populaires au cours de la 7ème génération. En ce sens, il offre un bon point de conclusion à cette dernière. D’un autre côté, fatalement, il n’y a absolument rien de révolutionnaire à signaler.

Pour conclure, je vais faire une petite déclaration sur l’histoire en elle-même (pas sa narration), et je vais encore hérisser plus d’un poil, mais tant pis :

L’histoire de The Last Of Us n’a rien de spécial.

Si vous trouvez que l’histoire de ce jeu a quoi que ce soit d’original, il faut lire des livres et regarder des films de temps en temps, parce que c’est de la redite totale.

Pour moi, ce jeu est un solide 7/10. Pas plus, pas moins.


1. The Big N

nintendo-logo

Pour ce n°1, je ne vais pas m’engouffrer dans la spirale sans fond de ce débat qui ne cessera sûrement jamais. J’en ai un peu marre de toujours réexpliquer que chaque génération de consoles est imprévisible, que la popularité est quelque chose de capricieux et que les ventes ne sont pas synonymes de qualité. J’irai droit au but :

Nintendo est toujours le meilleur développeur, éditeur et constructeur du monde.


Je sais que le grand manitou Alex aime bien quand je prends le temps d’écrire une vraie conclusion à mes TFGA, et je sais aussi que, ces derniers mois, j’ai un peu boudé l’exercice. Mais cette semaine, je vous en dois une (si vous êtes encore en train de lire au lieu de commanditer mon assassinat).

Ces choses écrites plus haut restent, bien évidemment, des opinions. Au sens propre du terme : ce sont des avis construits et argumentés, que je suis à même de défendre. Pas de simples ressentis caduques. Et je salue toujours les opinions de tout un chacun quand elles sont également construites et argumentées. Je suis parfaitement conscient que toutes les opinions ne sont pas partagées et je trouve ça génial. Le débat, entre plusieurs points de vue consolidés, est une des choses les plus édifiantes qui soient dans la vie.

Alors n’ayez pas peur : votre avis m’intéresse ! Si vous êtes d’accord, ça fait toujours plaisir. Si vous n’êtes pas d’accord, c’est super intéressant pour moi.

Donc laissez un commentaire ! Venez boire un café à la maison ! Discutons-en. Parlons des faits et soyons constructifs. C’est ça, la communication.

Merci pour ce thème Alex.

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